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A. Lange et Söhne : un Phénix renaît de ses cendres pour produire… les meilleures montres du monde


« A. Lange & Söhne » : une marque encore peu connue du grand public mais déjà mythique auprès des passionnés de belles mécaniques horlogères… Découvrons l’histoire incroyable de cette manufacture allemande qui a bien failli totalement disparaître dans les années 50 avant de renaître de ses cendres en 1994… Treize ans plus tard, cette marque du groupe Richemont produit des montres qui font certainement partie des modèles les plus convoités au monde… A. Lange & Söhne, la renaissance d’un mythe.


A. Lange et Söhne : un Phénix renaît de ses cendres pour produire… les meilleures montres du monde
En 1994 l’un des plus glorieux noms de l’horlogerie de précision allemande fait son retour sur la scène du temps : « A. Lange & Söhne ». La renaissance de cette marque prestigieuse -mais encore confidentielle- met ainsi fin à 50 ans d’éclipse involontaire et marque le début d’une formidable réussite contemporaine.

Faisant de nouveau partie des montres les plus convoitées au monde, les garde-temps fabriqués par les ateliers traditionnels des Monts métallifères ont retrouvé la place prédominante –et méritée- qu’ils occupaient dans le passé.

Rencontre avec Michel Adé directeur Europe de l’Ouest chez Lange & Söhne, qui nous raconte dans le détail au cours de la réunion mensuelle du Club-Chronos, la fabuleuse histoire de cette renaissance.

Depuis 1990, année de fondation de la société Lange Uhren GmbH par Walter Lange, arrière-petit-fils du génial Ferdinand Adolph Lange, des horlogers de grand talent créent à Glashütte (village situé en Allemagne près de Dresde) des montres-bracelets exclusives. « D’ailleurs, le i/sa que l’on trouve mentionné sur le cadran signifie que ces modèles sont fabriqués « in Saxonia » » précise M. Adé lors de son intervention auprès des membres du Club-Chronos. Et ces dernières ne craignent en rien la comparaison avec les plus prestigieuses montres suisses. « En Allemagne, A. Lange & Söhne est une marque très puissante. Elle se trouve très largement devant Patek Philippe ou Breguet » ajoute M .Adé.

A. Lange et Söhne : un Phénix renaît de ses cendres pour produire… les meilleures montres du monde

Qui était Ferdinand Adolph Lange ?

A. Lange et Söhne : un Phénix renaît de ses cendres pour produire… les meilleures montres du monde
Futur fondateur de l’industrie horlogère de précision allemande dans la ville saxonne de Glashütte, Ferdinand Adolph Lange naît à Dresde le 18 février 1815.

Il réalise son apprentissage horloger auprès de Johann Christian Friedrich Gutkaes, célèbre fabricant d’horloges et gardien de l’horloge de la tour de la cour royale saxonne de Dresde. Au cours de ses années de formation, il suit des cours à l’école Polytechnique et passe ses soirées à apprendre par lui-même l’anglais et le français.

En 1837, trois ans après la fin de son apprentissage, il se rend à Paris avec, en poche, une lettre de recommandation de son maître d’apprentissage Gutkaes. Il y est engagé par Josef Thaddäus Winnerl, célèbre fabricant de chronomètres.

Quatre ans plus tard, ayant acquis la position de chef d’atelier, il quitte la France pour approfondir son expérience en Angleterre et en Suisse. C’est durant cette période qu’il remplit son désormais célèbre carnet de notes de nombreuses esquisses de mouvements et de savants calculs de rapports pour les roues et les pignons. Cette « magna charta » (grande charte) constituera l’un des plus précieux patrimoines de Walter Lange lorsqu’en 1990, il prendra un nouveau départ.

A son retour à Dresde Adolph Lange est réemployé par Gutkaes. Il en épouse la fille Antonia en 1842 et devient copropriétaire de l’affaire de son ancien patron. Lange n’est pas seulement un horloger talentueux, mais un homme érudit, profondément religieux et doté d’une conscience sociale très développée.

Frappé par la pauvreté de la région déshéritée des Monts métallifères, il décide en 1843 de passer à l’action et, de lettres en pétitions et en négociations avec le ministre royal saxon de l’intérieur, il se bat pour la création d’une manufacture de montres à Glashütte. Il obtient finalement un prêt en l’échange duquel il est autorisé à former quinze jeunes de Glashütte au métier d’horloger. La petite ville pauvre a laissé depuis longtemps derrière elle les beaux jours de l’exploitation de la mine d’argent ; elle n’est plus désormais reliée au reste du monde que par une route poussiéreuse à peine carrossable et le passage hebdomadaire de la voiture postale.

Lange établit son premier atelier, instruit ses élèves, démarre la production, construit des machines améliorées pour la fabrication de composants de précision, s’occupe de la correspondance et de la comptabilité. Cette aventure est récompensée, car sa vision d’avenir commence bientôt à prendre forme. Et dans le sillage du succès de sa propre société, Glashütte – dont Adolph Lange améliore notablement l’infrastructure au cours de ses 18 ans de mandat de maire – se révèle un terrain fertile pour de nombreux petits ateliers spécialisés dans les rubis, les vis, les roues, les barillets, les ressorts-moteurs, les balanciers ou les aiguilles.

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Glashütte devient une ville prospère grâce à l'horlogerie

Lange 1 double fuseau
Sa manufacture recourt aux services de fabricants de boîtiers, doreurs et graveurs et sous-traite les composants de trois autres manufactures, dont quelques unes ont été fondées par certains de ses anciens apprentis. Des centaines d’emplois sûrs et bien payés transforment bientôt la pauvreté en une honorable prospérité.

Grâce à la fondation, en 1878, de l’Ecole d’horlogerie allemande par le frère spirituel de Lange, Moritz Grossmann, Glashütte coupe finalement le cordon ombilical avec la France et la Suisse pour devenir la pierre angulaire de l’horlogerie allemande, offrant une formation à la fois pratique et technique aux aspirants horlogers.

Lorsque Adolph Lange meurt brusquement le 3 décembre 1875, à l’âge de presque 60 ans, il ne fait pas que transmettre une affaire florissante et une prestigieuse liste de récompenses internationales à ses fils et petits-fils, mais aussi un solide avenir économique à Glashütte, qui l’a depuis remercié en élevant un monument en son honneur.

Premières à être dotées de composants scientifiquement calculés, d’une nouvelle configuration avec platines trois quarts, échappement à ancre de Glashütte, balancier compensateur, raquetteries de précision ou spiraux de balanciers avec spires terminales spéciales, ses constructions incarnent le summum de la qualité horlogère.

Jusqu’à l’expropriation de la manufacture au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, les montres « A. Lange & Söhne » figurent parmi les garde-temps les plus prestigieux et les plus convoités au monde. Lorsqu’en 1951 les sociétés saisies de Glashütte fusionnent pour former un grand combinat du nom de VEB Glashütter Uhrenbetriebe, la fière signature qui a orné tant de cadrans sombre dans l’oubli – et dans les cercles de collectionneurs, le nom de « A. Lange & Söhne » acquiert le statut d’un véritable mythe.

Renaissance de la marque

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Walter Lange, l'arrière-petit-fils de Ferdinand Adolph Lange, qui a déménagé à Pforzheim après l’expropriation, voit dans la réunification de l’Allemagne en 1990 une opportunité d’insuffler une vie nouvelle à sa riche tradition familiale. « Pendant toute sa vie, souligne Michel Adé, Walter Lange n’a eu qu’une obsession : récupérer sa marque ».

Dans cet esprit, dès 1976, il retourne régulièrement dans sa région natale de Saxe et maintient le contact avec des horlogers de Glashütte.

Avec Günter Blümlein, alors directeur de IWC International Watch Co. AG à Schaffhouse (Suisse), l’entrepreneur de 66 ans fonde Lange Uhren GmbH le 7 décembre 1990, 145 ans jour pour jour après l’arrivée de son arrière-grand-père dans la ville saxonne de Glashütte. Si l’histoire ne se répète pas, elle établit de bien surprenants parallèles… Quatre ans plus tard, la manufacture est enfin reconstruite. « La première montre sort en 1994. Cette année là, seules 165 unités ont été produites » précise M. Adé.

Par la suite, Walter Lange recherche en premier lieu une sécurité financière pour sa société sous les ailes du groupe horloger LMH (Les Manufactures Horlogères). Au cours de l’été 2000, LMH est racheté par le groupe Richemont Suisse, propriétaire de quelques-unes des manufactures de montres de luxe les plus renommées au monde.

Outre Lange, son portefeuille de marques comporte IWC, Jaeger-LeCoultre, Baume & Mercier, Piaget, Vacheron Constantin et Officine Panerai. Bien qu’elle soit la plus petite manufacture horlogère de cette communauté de sociétés au fonctionnement indépendant – concurrentes, certes, dans un marché férocement concurrentiel –Lange vise avec assurance le sommet de la pyramide avec ses chefs-d’œuvre horlogers.

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Fabriquer les meilleures montres du monde...

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Aujourd’hui, 390 employés de Lange Uhren GmbH sont impliqués dans la création des mouvements exclusifs des nouvelles « A. Lange & Söhne » sur les sites de production haute technologie de Glashütte.

Pour un modèle d’entrée de gamme il vous faudra débourser dans les 12.000 euros… Et jusqu’à environ 400.000 euros pour le modèle le plus cher.

A ce prix là, on comprendra que Lange & Söhne ne travaille que l’or et le platine. « Nous voulons fabriquer les meilleures montres au monde grâce à la fusion de deux univers : celui de l’artisanat et des techniques ancestrales couplé à celui des nouvelles technologies », affirme Michel Adé. Et d’ajouter « toutes nos montres sont dotées de fond saphir. Nous n’avons rien à cacher. Au contraire, on a coutume de dire que nos modèles sont presque plus beaux à l’envers ! »

Lange & Söhne s'inscrit dans le très petit cercle des manufactures n’utilisant pour leurs montres que des mouvements qu’elles ont-elles mêmes conçus et fabriqués en interne. Vu l’implication massive de méthodes artisanales très consommatrices de temps dans la fabrication de chaque montre, les garde-temps Lange sont produits en très petites séries. « Nous fabriquons actuellement environ 6.000 montres chaque année. Et la production n’augmente que d’une centaine de pièces par an, précise encore M. Adé. En moyenne il faut compter de trois à quatre mois pour réaliser une montre avec un mouvement simple et jusqu’à un an pour les mouvements les plus compliqués. Pour certains modèles, comme le Double Split, seuls deux horlogers sont capables de le fabriquer ».

Chaque composant est décoré... même ceux qui ne se voient pas

A. Lange et Söhne : un Phénix renaît de ses cendres pour produire… les meilleures montres du monde
La quasi-totalité des composants de ces mouvements exclusifs, se chiffrant à quelques milliers à travers la gamme entière de calibres, sont produits à la manufacture – platines, ponts, eviers, ressorts, roues et pignons, par exemple.

Chaque composant individuel est minutieusement terminé à la main. Les maîtres horlogers de chez Lange en décorent même les surfaces qui ne seront plus visibles une fois le mouvement assemblé. Les outils et l’appareillage requis par ces procédures sont fabriqués en interne.

Chaque coq de balancier est artistiquement gravé selon une technique manuelle qui transforme chaque montre Lange en un trésor unique. Les mouvements sont assemblés par les horlogers de chez Lange, méticuleusement réglés en cinq positions puis à nouveau démontés.

C’est seulement à ce moment-là que sont données les dernières touches finales aux composants individuels, à nouveau nettoyés et enfin ré-assemblés pour constituer un mouvement parfait, doté d’authentiques vis en acier bleui. Aucune montre ne quittera la manufacture avant d’avoir été soumise, plusieurs semaines durant, à de rigoureux tests de contrôle.

Toujours dans cet esprit de qualité, d’exclusivité et de plus grande valeur ajoutée fondées sur le déploiement de technologies avancées, la manufacture a inauguré en octobre 2003, le nouveau Centre de Technologie et de Développement. Après une période de préparation de dix ans, ce cinquième bâtiment concrétise l’un des rêves des fondateurs de Lange Uhren GmbH : Walter Lange et le très regretté Günter Blümlein, décédé prématurément en 2001. Il y a plus de dix ans, en 1993, ces hommes visionnaires couvaient déjà les premières idées relatives à la production intégrée de spiraux de balancier, coeurs des montres mécaniques.

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De la production des spiraux...

Plusieurs spécialistes Lange ont depuis lors voué une attention de tous les instants aux fondements théoriques et aux procédures technologiques de la production de spiraux. Du laminage d’un fil de métal de 0,05 millimètres, à l’enroulement, au recuit et au relèvement de la spire terminale, toutes les étapes requises pour la fabrication des spiraux de très haute qualité à destination des mouvements de la manufacture sont aujourd’hui maîtrisées en interne chez Lange. Le LANGE DOUBLE SPLIT présenté en avril 2004 fut le premier modèle à être équipé d'un spiral maison de ce type, développé en interne chez Lange.

Cet événement marque également l’achèvement d’un cycle historique : en 1930, Richard Lange, fils du fondateur de la société Ferdinand Adolph Lange, avait rempli une demande de brevet pour un « alliage métal pour spiraux de balancier » (Brevet N° 529945 daté du 19 février 1930). Il avait compris qu’ajouter du béryllium aux alliages nickel éliminerait les inconvénients majeurs des spiraux Elinvar qui, alors les plus courants, n’étaient pas suffisamment souples et solides pour répondre à ses exigences.

La croissance ultérieure de la manufacture dépendra du maintien de sa capacité à développer des innovations horlogères et de nouveaux mouvements sophistiqués. Aussi accorde-t-elle une attention toute particulière à la qualité de formation de ses horlogers. Le lancement, le 25 août 1997, des programmes d’apprentissage internes « A. Lange & Söhne » constitue un pas décisif pour cette transmission des savoir-faire. Cette création s’inspire, elle aussi, d’une vieille tradition de Glashütte oubliée : en 1878, Lange fut l’un des premiers promoteurs de l’école d’horlogerie allemande.

Aujourd'hui, une quinzaine d'années seulement après sa refondation « A. Lange & Söhne » est de nouveau l'une des marques les plus prestigieuses et les plus renommées au niveau mondial de l'horlogerie internationale de précision. Pour tout nouveau modèle, les maîtres horlogers de Lange s’appliquent à fabriquer la montre du futur en se basant sur les valeurs du passé. Chez Lange, cela s'appelle « La tradition en mouvement ».

Pour en savoir plus, lire aussi :
Montres par marque : Lange & Söhne

Montres-de-luxe.com | Publié le 9 Juillet 2007 | Lu 32509 fois



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