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Günter Blümlein, l'homme qui fit renaître A. Lange & Söhne !


Par | Publié le 01/10/2026 à 02:00 | mis à jour le 30/09/2026 à 05:51

Vingt-cinq ans après la disparition de Günter Blümlein, A. Lange & Söhne rend hommage à celui qui, avec Walter Lange, fut l'un des principaux artisans de la renaissance de la manufacture saxonne. Une histoire qui dépasse aujourd’hui, largement celle d'une marque horlogère : celle du retour de Glashütte au premier plan de la haute horlogerie mécanique.



Le 1er octobre 2001, Günter Blümlein disparaissait brutalement, à seulement 58 ans

Vingt-cinq ans plus tard, son nom reste indissociable de la renaissance d'A. Lange & Söhne et, plus largement, du renouveau de la haute horlogerie mécanique à la fin du XXe siècle dans cette région reculée de l’ancienne Allemagne de l’Est.
 
Sans lui, la seconde naissance de la manufacture saxonne aurait sans doute été très différente. Si Walter Lange, arrière-petit-fils de Ferdinand Adolph Lange, apportait l'histoire familiale, la légitimité et la volonté de faire revivre le nom de ses ancêtres.
 
Günter Blümlein, lui, apportait une connaissance approfondie de l'industrie horlogère, du marketing, de la distribution et de la construction des marques. Leur association allait permettre de transformer une ambition en réalité industrielle.
 
Walter Lange résumait lui-même l'importance de son partenaire avec des mots particulièrement directs : « Sans Günter Blümlein, A. Lange & Söhne n'existerait plus aujourd'hui – et Glashütte ne serait pas redevenue le centre de la haute horlogerie de précision allemande ». Dont acte.

​Un professionnel de l'industrie horlogère

Né à Nuremberg (Allemagne) en 1943, Günter Blümlein commence sa carrière après des études en ingénierie de précision au sein du groupe Diehl, propriétaire depuis les années 1950 de la manufacture Uhrenfabrik Junghans.
 
Il se voit rapidement confier des responsabilités dans le marketing et les ventes. Une expérience qui va devenir déterminante pour la suite de sa carrière : Blümlein comprend que la renaissance d'une maison horlogère ne repose pas uniquement sur la qualité de ses produits.
 
Elle suppose également de reconstruire une identité, une distribution, un discours et une relation particulière avec les collectionneurs.
 
Cette approche va prendre toute son importance lorsqu'il rejoint VDO, qui deviendra ensuite une filiale de Mannesmann. Il reçoit alors la responsabilité de réorganiser IWC et Jaeger-LeCoultre, réunies au sein de la holding Les Manufactures Horlogères (LMH).
 
Nous sommes alors dans les années 1980. L'industrie horlogère suisse sort progressivement de la crise du quartz et les montres mécaniques sont encore loin d'avoir retrouvé le statut qu'elles connaissent aujourd'hui.
 
Blümlein participera à cette reconstruction en travaillant notamment sur le positionnement et l'identité des marques. Il contribuera ainsi à démontrer qu'une maison horlogère traditionnelle peut retrouver une place sur le marché en s'appuyant sur son histoire, son savoir-faire et une véritable cohérence de marque.

​Walter Lange et Günter Blümlein : une rencontre déterminante

C'est dans ce contexte que se dessine le projet A. Lange & Söhne…
 
Walter Lange souhaite faire renaître la manufacture fondée par son arrière-grand-père Ferdinand Adolph Lange à Glashütte en 1845. Mais ressusciter une maison dont la production avait été interrompue pendant plus de quarante ans ne pouvait se limiter à la reprise d'un nom historique !
 
Il fallait reconstruire une manufacture, développer de nouveaux mouvements, former une nouvelle génération d'horlogers et surtout, définir ce que serait une A. Lange & Söhne contemporaine.
 
Günter Blümlein devient alors l'un des principaux architectes de ce projet. Son rôle consiste notamment à transformer l'héritage historique de la maison en une vision moderne de la haute horlogerie.
 
Les anciennes montres de poche de la manufacture constituent alors « la » référence esthétique et technique, mais les nouvelles montres doivent être entièrement contemporaines.
 
La philosophie est clairement établie : privilégier la construction mécanique, la finition manuelle et une identité immédiatement reconnaissable plutôt que chercher à reproduire simplement les montres historiques.
 
Blümlein résumera cette conception en une phrase : « Une montre Lange est une œuvre d'art à part entière. Elle associe la passion des horlogers pour la mécanique et le savoir-faire artisanal au style incomparable de la Maison et à son histoire riche. »

​Le 24 octobre 1994, une nouvelle page s'ouvre à Dresde

Le 24 octobre 1994 constitue l'un des grands rendez-vous de l'histoire récente de l'horlogerie.
 
Au Palais Royal de Dresde, A. Lange & Söhne présente officiellement les quatre premières montres de la nouvelle manufacture : la LANGE 1, la SAXONIA, l'ARKADE et la TOURBILLON « Pour le Mérite ».
 
Le message est clair. A. Lange & Söhne ne revient pas sur le marché pour occuper une niche historique : la manufacture entend se positionner directement au plus haut niveau de la haute horlogerie.
 
Parmi ces quatre modèles, la LANGE 1 va rapidement devenir le symbole de cette renaissance.
 
Son cadran décentré, sa grande date inspirée de l'horloge de cinq minutes de l'opéra Semper de Dresde et son architecture inhabituelle lui donnent une personnalité immédiatement identifiable. Surtout, elle démontre qu'une montre mécanique peut être profondément attachée à son histoire sans être une reproduction nostalgique du passé.
 
La TOURBILLON « Pour le Mérite », avec sa transmission par fusée et chaîne, affirme parallèlement les ambitions techniques de la nouvelle manufacture.
 
En quelques montres seulement, A. Lange & Söhne construit ainsi une nouvelle identité.

​De la LANGE 1 à la DATOGRAPH

La suite confirme cette stratégie… En 1999, A. Lange & Söhne présente la DATOGRAPH. À une époque où les chronographes équipés d'un mouvement entièrement développé et produit en interne restent relativement rares, la manufacture saxonne choisit de développer son propre calibre chronographe.
 
Le DATOGRAPH marquera une étape importante -voire fondamentale- dans la construction de l'indépendance technique de la maison saxonne.
 
Günter Blümlein ne verra pourtant pas toutes les conséquences de cette politique. Il disparaît en 2001, avant le lancement de la DOUBLE SPLIT en 2004.
 
Cette dernière illustre cependant parfaitement la direction qu'il avait contribué à définir. Avec son mécanisme de double rattrapante, elle permet de mesurer simultanément deux événements et d'étendre la durée des temps intermédiaires jusqu'à trente minutes.
 
Elle inaugure également une nouvelle étape dans la maîtrise technique de la manufacture avec l'utilisation d'un spiral développé et produit en interne.

​Une vision qui dépasse largement celle d’une marque

L'héritage de Günter Blümlein ne se mesure donc pas uniquement au nombre de modèles lancés durant les premières années de la nouvelle A. Lange & Söhne. Son apport fut aussi celui d'un constructeur de marques.
 
Avec IWC et Jaeger-LeCoultre, il avait participé à la reconstruction de maisons historiques dans un contexte particulièrement difficile pour l'horlogerie mécanique.
 
Avec A. Lange & Söhne, il devait relever un défi encore différent : faire renaître une manufacture disparue depuis plusieurs décennies et reconstruire à la fois son outil industriel, son savoir-faire et sa réputation internationale.
 
La réussite de cette entreprise a également contribué à replacer Glashütte sur la carte mondiale de la haute horlogerie.
 
Vingt-cinq ans après sa disparition, la manufacture continue de développer ses propres mouvements, ses propres complications et ses propres solutions techniques. La LANGE 1 reste l'un des piliers de son catalogue et l'identité esthétique définie au début des années 1990 demeure immédiatement reconnaissable.
 
Günter Blümlein n'aura finalement dirigé A. Lange & Söhne que pendant quelques années. Mais ces quelques années auront suffi à poser les fondations d'une maison dont le développement s'est poursuivi bien au-delà de sa disparition.
 
L'histoire de la renaissance d'A. Lange & Söhne est ainsi celle d'une rencontre entre deux personnalités complémentaires : Walter Lange, dépositaire d'une histoire familiale, et Günter Blümlein, industriel, stratège et constructeur de marques.
 
L'un avait le nom. L'autre savait comment lui redonner une place dans l'horlogerie contemporaine.

Glashütte, une ville horlogère (re)devenue incontournable

L'histoire moderne de Glashütte (en Saxe) ne se résume pas à A. Lange & Söhne. La réunification allemande a permis à plusieurs maisons de renouer avec la tradition horlogère saxonne et à de nouvelles manufactures de s'installer dans la ville.
 
A. Lange & Söhne est évidemment le symbole de cette renaissance. Relancée en 1990 par Walter Lange et Günter Blümlein, la manufacture s'est rapidement imposée au sommet de la haute horlogerie grâce notamment à la LANGE 1, à la TOURBILLON « Pour le Mérite » et au DATOGRAPH.
 
Glashütte Original constitue l'autre grande manufacture historique de la ville. Issue de la Glashütter Uhrenbetrieb GmbH, créée après la réunification en 1990, elle se présente comme l'héritière de la tradition horlogère collective de Glashütte. La marque rejoint le Swatch Group en 2000.
 
NOMOS Glashütte, fondée après la réunification, a développé une identité propre autour d'une esthétique très épurée et d'une production largement intégrée à Glashütte.
 
Mühle-Glashütte possède une histoire encore différente. La famille Mühle est implantée dans la région depuis des générations et Robert Mühle fonde son entreprise en 1869, d'abord spécialisée dans les instruments de mesure destinés notamment aux horlogers de Glashütte. La société produit aujourd'hui des montres ainsi que des instruments nautiques.
 
Moritz Grossmann porte le nom de l'un des grands horlogers historiques de Glashütte. La marque contemporaine, relancée au XXIe siècle, s'inscrit dans cette tradition de haute horlogerie saxonne.
 
À leurs côtés, Tutima Glashütte, Union Glashütte, Bruno Söhnle et Wempe Chronometerwerke participent également à l'activité horlogère de la ville.

La liste officielle des entreprises horlogères de Glashütte comprend également plusieurs sociétés spécialisées dans les composants, les mouvements et la mécanique de précision.
 
Cette concentration est aujourd'hui l'une des particularités de Glashütte : dans une petite ville de Saxe, plusieurs maisons aux histoires, aux positionnements et aux actionnaires différents perpétuent une même tradition de haute précision née au XIXe siècle.