Besançon : Time is Tomi, première rétrospective consacrée à Tomi Ungerer sur le temps


Les Ungerer étaient constructeurs d’horloges depuis le 19e siècle. C’est donc naturellement que le père des Trois Brigands, Tomi Ungerer, a décliné le thème du temps dans ses dessins. Un aspect à découvrir lors de l'exposition « Time is Tomi » présentée à Besançon du 22 février au 28 juin 2020, première rétrospective en France consacrée à Tomi Ungerer sur le thème du Temps.



Besançon : Time is Tomi, première rétrospective consacrée à Tomi Ungerer sur le temps
Hommage au célèbre illustrateur disparu en février 2019, Time is Tomi explore la relation particulière de Tomi Ungerer au Temps. Imaginée en partenariat avec le musée Tomi Ungerer Centre international de l’Illustration à Strasbourg, cette expo met en parallèle l’œuvre de l’artiste et l’histoire familiale des Ungerer, constructeurs d’horloges astronomiques et d’édifice à Strasbourg à partir du milieu du XIX ième siècle.
 
S’il choisit de s’engager dans la voie artistique plutôt que de reprendre l’entreprise familiale, Tomi Ungerer conserve un attachement certain à cet héritage, déclinant le thème du Temps dans tous les aspects de son œuvre.
 
Une sélection d’une soixantaine de dessins issus des collections du musée Tomi Ungerer, donne ainsi à voir combien les mécanismes et automates sont omniprésents dans l’œuvre de l’artiste, tandis que la mort y apparaît comme un thème majeur, presque obsessionnel.
 
En contrepoint aux dessins de Tomi Ungerer, l’exposition est aussi l’occasion de raconter l’histoire de la fabrique d’horlogerie d’édifice Ungerer. De l’embauche des frères Ungerer par le grand horloger Jean-Baptiste Schwilgué sur le chantier exceptionnel de la troisième horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg (1838-1842), à la vente définitive de l’entreprise Ungerer en 1989, ce sont plus de 150 ans d’histoire qui sont retracés.
 
Né à Strasbourg, Tomi Ungerer (1931-2019) est un artiste de notoriété internationale qui s’est tout particulièrement distingué dans les arts graphiques. Son œuvre multiforme touche de nombreux registres : l’illustration jeunesse, l’affiche et le dessin publicitaires, le dessin satirique et érotique.

Les images de ses livres pour enfants Les Trois Brigands, Jean de la Lune, La Grosse Bête de Monsieur Racine, Otto, de ses affiches contre la guerre du Viêt-Nam et la ségrégation raciale aux États-Unis ou encore de ses dessins satiriques de la société américaine sont imprimées dans les mémoires.
 
Pour renouveler sa créativité et son style, il s’est montré curieux de techniques ainsi que de supports divers. Le papier-calque, notamment, était l’un de ses supports de prédilection dont il avait découvert l’usage dans ses années new-yorkaises et dont la transparence et la souplesse convenaient à son trait.
 
Si Tomi Ungerer a exploré un large éventail de thématiques dans son œuvre, il est certain que le Temps et de la Mort y tiennent une place centrale. C’est pourquoi ces deux sujets indissociables méritent d’être montrés dans une exposition qui prend tout particulièrement son sens au musée du Temps à Besançon.
 
La sélection, effectuée sur l’ensemble de la collection du Musée Tomi Ungerer-Centre international de l’Illustration à Strasbourg et dans toutes les facettes de l’œuvre de l’artiste, a permis de dégager plusieurs axes qui associent, entre autres, les mécanismes, la satire, l’érotisme, tout en les contextualisant avec l’héritage familial des Ungerer, constructeurs strasbourgeois d’horloges d’édifice.
 
Partenaire privilégié de cette exposition, le Musée Tomi Ungerer-Centre international de l’Illustration a ouvert ses portes en 2007, suite aux dons de l’artiste, entre 1975 à 2008, d’un ensemble exceptionnel de 14 000 œuvres et de 1600 jouets de sa collection à la Ville de Strasbourg. Depuis sa création, le musée a acquis une place incontestée et unique en France dans le domaine du dessin d’illustration, aujourd’hui encore peu exploré.
 
Tomi Ungerer est le descendant d’une famille d’illustres fabricants d’horloges d’édifice. Il en a hérité non seulement la passion pour tout ce qui est mécanique, mais également un don pour le dessin. Son arrière-grand-père et son arrière-grand-oncle savaient manier le crayon autant pour des travaux techniques que personnels.
 
Mais c’est l’œuvre graphique de son père, Théodore Ungerer, qui est restée la plus marquante. Empreint du romantisme allemand, peu intéressé par les mouvements artistiques de son époque, il aimait dessiner son environnement quotidien, sa famille, les lieux où il séjournait. Son modèle préféré était son épouse Alice, la mère de Tomi, dont il ne cessait de souligner la grande beauté.
 
De manière générale, Théodore témoignait d’un grand sens de l’observation et remplissait des carnets entiers de ses croquis et esquisses. Ses techniques étaient diversifiées : il utilisait sans hiérarchie l’aquarelle et la gouache, le crayon et même le collage. Indéniablement c’est à son père que Tomi Ungerer doit ce qu’il est devenu : l’un des grands dessinateurs de notre temps.
 
La mécanique du Temps est une notion qui semble fasciner Tomi Ungerer. Les instruments de mesure du Temps sont des motifs récurrents dans tous ses registres graphiques. Dans les livres pour enfants, ils ornent les décors intérieurs et sont représentatifs d’une époque.
 
Dans les dessins satiriques, ils servent de support à la critique sociale du monde contemporain. Le dessinateur ne marque pas de préférence et représente sans distinction le coucou suisse, la montre-bracelet, la montre à gousset ou l’horloge mécanique avec ses poids.
 
Le sablier ou le métronome appartiennent également à cette famille iconographique dans laquelle puise Tomi Ungerer pour dépeindre la marche inéluctable du Temps et son corollaire, la mortalité.
 
Tomi Ungerer exprime aussi une véritable passion pour tout ce qui est mécanique. Sa collection de jouets conservée aux musées de Strasbourg, dont la section la plus significative est celle des automates et jouets mécaniques, en témoigne. Il réalise également des esquisses et des croquis dans le but de fabriquer des jouets et des jeux dont certains ont vu le jour, comme la voiture qu’il a construite pour ses deux fils.
 
Par ailleurs, il recourt régulièrement à la représentation de mécanismes de tous genres dans son œuvre. Attiré par ce thème par atavisme familial, il en fait l’un des ressorts de la satire. Il lui permet entre autres de démontrer que l’automatisation de la société contemporaine provoque la déshumanisation de celle-ci. Le motif de l’être humain que l’on remonte comme un automate est significatif à cet égard.
 
Dans un autre registre, les dessins érotiques tracés à la plume de la série Fornicon expriment le même phénomène. Ils dénoncent un véritable enfer du sexe : dans un futur incertain, les êtres humains ne communiquent plus entre eux et ne trouvent la jouissance qu’avec des mécanismes, des plus simples - comme un métronome – aux plus complexes
 
L’angoisse du Temps qui passe et qui mène inéluctablement à la mort est très présente dans l’œuvre de Tomi Ungerer. C’est une problématique qui est au cœur de la série des dessins pour Rigor Mortis. Mais il est une étape dans ce processus sur laquelle l’artiste se penche volontiers, celle de la décrépitude et de la déchéance.
 
Il l’observe chez les êtres humains qui ont déjà pris les traits de la mort : c’est le cas des personnages dans « Le portrait de Dorian Gray » ou de la femme qui se tient debout dans un appartement bourgeois où trône une pendule.
 
Dans la série pour Slow Agony (Lente Agonie) n’apparaît en revanche aucun humain. Dans l’environnement de la Nouvelle-Écosse, au Canada, qui fut le sien entre 1971 et 1976, il s’attache à dépeindre la déchéance qui touche tout ce qui est inanimé : les maisons qui s’écroulent, les engins agricoles et les voitures qui rouillent. Ces dessins, réalisés en couleurs, de grand format, témoignent d’une dimension picturale rarement égalée dans l’œuvre de Tomi Ungerer, et s’inspirent des œuvres réalistes de l’Américain Hopper.
 
Tomi Ungerer, comme tout dessinateur satirique, prend de la distance par rapport à la Mort en la ridiculisant. Il recourt, en les détournant, à certaines représentations allégoriques comme celle de « La grande faucheuse ». Ce motif iconographique, très répandu en Occident pendant le Moyen Âge et la Renaissance, était lié à l’angoisse de la peste noire qui fauchait littéralement les vivants.
 
Mais il représente aussi la Mort dans ses aspects les plus effrayants, tel celui de l’imminence. L’accident en est l’un des exemples les plus significatifs comme dans ce dessin illustrant une campagne publicitaire portant sur le salage des routes en hiver, dans lequel une voiture dérape sur un crâne géant.

​Les Ungerer : une fabrique d’horloges d’édifice à Strasbourg (1858 – 1989)

Embauchés par le grand mécanicien et horloger Jean-Baptiste Schwilgué, les deux frères Jules-Albert et Auguste-Théodore Ungerer participent au chantier exceptionnel de la construction de la troisième horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg de 1838 à 1842.
 
À la mort de Schwilgué, ils reprennent la fabrique à leur compte en 1858. S’inscrivant dans son héritage, ils poursuivent la production d’horloges d’édifice publiques, tout en réalisant ponctuellement des commandes d’exception, à l’image de leur œuvre majeure, l’horloge astronomique de la cathédrale de Messine en Sicile (1933).
 
Quatre générations Ungerer se succèdent à la tête de l’entreprise durant près de 150 ans, sur une période marquée par l’annexion de l’Alsace par l’Allemagne en 1871 et les deux Guerres mondiales, mais également par l’évolution de l’horlogerie monumentale.
 
Si les commandes d’horloges publiques se développent à partir du milieu du XIXème siècle pour répondre aux nouveaux besoins de ponctualité du chemin de fer et de l’industrie, l’horlogerie mécanique subit progressivement la concurrence de l’électrique puis, au XXème siècle, des horloges radio-pilotées.
 
Dans ce contexte, la fabrique Ungerer s’est sans cesse attachée à se diversifier pour maintenir son activité, jusqu’à son rachat en 1989 par l’entreprise Bodet. Historiens autodidactes, soucieux de leur héritage familial, les Ungerer ont su préserver un riche fonds d’archives et d’instruments, aujourd’hui conservé dans les musées de Strasbourg et aux Archives départementales du Bas-Rhin.
 
Celui-ci constitue un témoignage rare et précieux dans le domaine de l’horlogerie monumentale.

Montres-de-luxe.com | Publié le 10 Février 2020 | Lu 552 fois



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