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Montres vintage et de collection

Eberhard Contograf 31504 : un chrono vintage qui préfigure les années 70


Par | Publié le 21/08/2026 à 02:00 | mis à jour le 19/08/2026 à 04:46

Avec son cadran noir et blanc aux jeux de symétrie particulièrement marqués, son boîtier ovale de 43 mm et ses échelles tachymétrique et télémétrique imprimées sous le verre, l’Eberhard & Co. Contograf référence 31504 illustre une période charnière de l’horlogerie suisse. Daté de 1969, cet étonnant chronographe mécanique vient de rejoindre la collection du Musée Eberhard & Co.


Un chronographe au tournant d’une époque

À la fin des années 1960, l’horlogerie mécanique suisse entre dans une période de profondes mutations.
 
Le quartz commence à bouleverser les habitudes, tandis que les manufactures et maisons horlogères cherchent de nouvelles solutions pour continuer à séduire une clientèle de plus en plus sensible au design et à la polyvalence des montres.
 
Chez Eberhard & Co., cette période voit notamment se développer la collection Contograf. Lancée au début des années 1960, elle rassemble pendant près de deux décennies différents chronographes sportifs qui partagent une même volonté : proposer une lecture fonctionnelle du temps tout en adoptant des codes esthétiques relativement éloignés des chronographes classiques de la période précédente. Dont acte.
 
Le Contograf référence 31504, daté de 1969, s'inscrit pleinement dans cette évolution. Un dessin qui semble déjà regarder vers les années 1970 avec des volumes plus affirmés, des formes plus douces et une utilisation particulièrement graphique du contraste entre le noir et le blanc.

​Un « reverse panda » particulièrement graphique

La première caractéristique qui attire le regard est évidemment son cadran noir bicompax, ponctué de deux compteurs blancs disposés de manière parfaitement symétrique (en ligne).
 
Cette configuration, souvent désignée sous le terme de « reverse panda », inverse le principe esthétique des cadrans panda traditionnels, généralement clairs avec des compteurs foncés. Ici, le fond noir permet aux deux compteurs blancs de ressortir immédiatement et de structurer visuellement le cadran.
 
À 3h se trouve le compteur des minutes du chronographe, tandis que les secondes permanentes prennent place à 9h. Le guichet de date est installé à 6h. Une disposition somme toute classique, qui contribue à préserver la symétrie générale de l'ensemble.
 
Les index appliqués, de forme carrée et dotés de matière luminescente, participent à cette esthétique très graphique. Les aiguilles bâton, elles aussi équipées d'un insert luminescent, privilégient la lisibilité.
 
Quant à l’aiguille centrale blanche du chronographe, elle permet de repérer immédiatement la fonction de chronométrage.
 
L'ensemble (très « seventies ») donne une impression presque architecturale, avec plusieurs éléments qui semblent se répondre autour de l'axe vertical du cadran.

​Les échelles sous le plexiglas

Autre particularité intéressante de ce Contograf : ses échelles tachymétrique et télémétrique ne sont pas imprimées directement sur le cadran.
 
Elles sont sérigraphiées sur la face intérieure du verre en plexiglas. Une solution que l'on retrouve sur différents chronographes de cette période et qui permet de conserver un cadran relativement dégagé tout en offrant des indications supplémentaires.
 
Le procédé présente également un intérêt esthétique. Les graduations semblent flotter au-dessus du cadran lorsque l'on observe la montre sous certains angles, renforçant cette impression de profondeur qui caractérise certains chronographes de la fin des années 1960.
 
Le compteur des minutes, à 3h, adopte par ailleurs une graduation permettant une lecture allant jusqu'à 45 minutes. Une configuration qui rappelle les nombreuses expérimentations dont font alors l'objet les cadrans de chronographes sportifs.

43 mm en 1969

Le boîtier en acier constitue une autre surprise. Avec ses 43 mm de diamètre, ce Contograf est une montre imposante pour son époque. Pourtant, ses lignes ovales et galbées et surtout, l’absence de cornes, contribuent à atténuer visuellement cette dimension.
 
Le dessin du boîtier présente d'ailleurs certaines similitudes de langage avec celui de modèles de plongée Eberhard contemporains, notamment les Scafograf 400 et Scafograf Super de 1969.

Dans les deux cas, les formes semblent privilégier des volumes arrondis et enveloppants plutôt que les géométries plus strictes que l'on pourrait attendre d'un chronographe sportif.
 
Le fond vissé participe à la conception d'une montre destinée à pouvoir accompagner son propriétaire au quotidien, avec un niveau d'étanchéité adapté à son époque.

​Le calibre Eb 310-82

Sous le boîtier se trouve le calibre Eberhard & Co. Eb 310-82, un mouvement chronographe mécanique à remontage manuel.
 
Il assure les fonctions de chronographe avec compteur des minutes, secondes permanentes et date. Une architecture qui correspond à la vocation de cette Contograf : proposer un instrument de mesure des temps courts tout en conservant les indications essentielles à une utilisation quotidienne.
 
Nous sommes encore pleinement dans l'univers du chronographe mécanique traditionnel, quelques années seulement avant que la généralisation progressive du quartz ne vienne profondément modifier le paysage horloger…

​Une esthétique déjà tournée vers les années 1970

C'est probablement ce qui rend aujourd'hui ce Contograf 31504 particulièrement intéressant.
 
En 1969, son esthétique paraît déjà s'éloigner des codes du chronographe classique. Le boîtier est imposant, mais ses formes sont arrondies. Le cadran est très contrasté, presque graphique.
 
Les compteurs blancs, les index carrés, les échelles sous le plexiglas et la grande aiguille centrale du chronographe composent un ensemble qui paraît particulièrement contemporain pour son époque.
 
Cette liberté stylistique s'inscrit dans une période durant laquelle Eberhard & Co. cherche de nouveaux langages pour ses montres sportives (c’est aussi le cas de nombreuses autres marques suisses à la même période).
 
Une démarche qui se poursuivra notamment sous la direction de Palmiro Monti, à la tête de la maison durant une période particulièrement difficile pour l'horlogerie mécanique suisse.

​Une pièce désormais conservée au Musée Eberhard & Co

L'entrée de ce Contograf référence 31504 dans la collection du Musée Eberhard & Co. permet surtout de conserver le témoignage d'une période de transition.
 
L'intérêt de cette pièce ne tient pas uniquement à sa mécanique ou à son esthétique. Elle raconte aussi un moment particulier de l'histoire de l'horlogerie : celui où les chronographes mécaniques commencent à adopter des formes et des codes graphiques plus audacieux, tandis qu'une révolution technologique se prépare en coulisses.
 
Avec son cadran « reverse panda », ses 43 mm, son boîtier aux lignes galbées et ses échelles imprimées sous le plexiglas, le Contograf 31504 illustre ainsi une autre facette de l'horlogerie de 1969.

Une horlogerie encore profondément attachée à la mécanique, mais déjà en train d'expérimenter les formes, les proportions et les contrastes qui caractériseront une partie des années 1970.