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La grande histoire de la Royal Oak : une quinquagénaire toujours aussi jeune


Depuis son lancement le 15 avril 1972, la Royal Oak dessinée par Gérald Genta a provoqué un bouleversement sans précédent dans l’histoire de l’horlogerie grâce à sa boîte en acier finie à la main, à sa lunette octogonale fixée par des vis hexagonales apparentes or gris, à son élégant bracelet en acier intégré ainsi qu’à son mouvement extra-plat à remontage automatique.


Inspirée par la révolution culturelle et industrielle des années 70, dévoilée aux premiers temps de la crise du quartz, cette montre mariant un caractère sportif avec un savoir-faire séculaire annonçait alors une nouvelle ère de l’horlogerie, plus en phase avec des modes de vie en pleine mutation.
 
Au fil des ans, la Royal Oak a donné vie à une collection à part entière, composée de nouvelles tailles, matériaux, styles et calibres. Depuis cinquante ans, plus de 500 modèles de Royal Oak ont ainse été conçus, faisant de cette création une icône culturelle dans le monde de l’horloger !
 
A tel point que, victime de son succès, elle est devenue introuvable sur le marché officiel et qu’elle se revend quatre à cinq fois le prix « boutique » sur le marché gris… Ce qui entraine forcément de la frustration chez les collectionneurs !
 
Petit retour sur la genèse de cette montre… En 1970, trois distributeurs d’Audemars  Piguet perçoivent un changement de sensibilité chez leurs clients et mettent la marque au défi d’y répondre. Georges Golay, alors administrateur délégué, confie la délicate mission à Gérald Genta, joaillier expérimenté et designer horloger, de dessiner une montre de sport en acier d’un genre totalement nouveau.

Royal Oak : pour de nombreuses personnes, ce nom évoque donc une montre mythique, mais finalement, peu d’amateurs savent que cette dénomination provient d’un bâtiment de la flotte britannique qui a inspiré Genta.
 
Au fil de sa longue histoire, la marine britannique a en effet baptisé plusieurs de ses bâtiments du nom de « HMS Royal Oak » en hommage au chêne royal (royal oak en anglais) dans lequel Charles II d’Angleterre trouva refuge après sa défaite contre Cromwell dans la bataille de Worcester en 1651.
 
Pour en revenir à la Royal Oak d’Audemars Piguet, Gérald Genta s’est plus précisément inspiré de l’un des bateaux de la Navy dont la coque en chêne, renforcée de plaques d’acier, était équipée de canons dont les sabords étaient de forme octogonale.
 
Genta réalise le dessin de la Royal Oak en une nuit. Un coup de génie. Puisant dans de nombreuses sources d’inspiration dont celui du casque de scaphandre dont il conservait le souvenir depuis son enfance.

Il s’ensuit un formidable élan collectif, réunissant les meilleurs horlogers et artisans de l’industrie : Stern Frères travaille sur le fameux cadran guilloché Petite Tapisserie, Favre & Perret sur la boîte en acier et Gay Frères sur le bracelet intégré en acier. La pièce est si complexe à réaliser en raison de la dureté de l’acier que son premier prototype sera conçu… en or gris ! Un matériau plus malléable…
 
Le bracelet intégré comprend à lui seul 154 composants, dont 20 fins maillons de liaison, faisant de ce bracelet l’un des plus complexes de l’histoire horlogère. Qui plus est, l’alternance de surfaces brossées, satinées et polies sur la boîte en acier comme sur le bracelet est si sophistiquée que la finition est effectuée au sein des ateliers d’Audemars Piguet. Le tout premier modèle en acier se trouve à Singapour dans une collection privé.
 
« L’idée de la Royal Oak est née en 1970 suite à la suggestion d’agents qui ont émis des réserves sur la valeur marketing de l’or dans la promotion de montres haut de gamme –un état de fait que je ne pense plus valide » indique Georges Golay.
 
Et de poursuivre : « ils nous ont demandé de concevoir une montre en acier plus adéquate aux modes de vie modernes. Nous devions créer un modèle qui soit à la fois sportif et élégant, qui convienne aussi bien pour une tenue de soirée que pour être porté dans les activités quotidiennes de l’homme moderne. ».

C’est ainsi qu’en avril 1972, le 15 de ce mois, la montre en acier la plus chère du marché (4.000 dollars à l'époque) est donc dévoilée à la Foire de Bâle, où elle crée un véritable séisme, générant de multiples réactions contrastées, parfois critiques (pour le coup, Genta était un habitué).

Entre les doutes exprimés par les clients et les difficultés rencontrées pour produire et livrer les premiers exemplaires, le démarrage s’avère difficile. Pour autant, 490 pièces seront tout de même vendues dès le début de l’année 1972 –un record pour Audemars Piguet, préfigurant un succès commercial ininterrompu.

En quelques années, cette montre au design différent séduit un public d’initiés (Alain Delon la porte dès 1975 dans le film "Comme un boomerang"). Des collectionneurs tel que le célèbre homme d’affaires Giovanni Agnelli, emblématique patron de Fiat, l’adopte. Plus tard, Karl Lagerfeld également. Il portera d'ailleurs le premier modèle "noir" réalisé en after-market.  Il l’a portait parfois comme Giovanni Agnelli, sur le poignet de sa chemise.

Durant quatre ans, Audemars Piguet s’attache avec grand soin à ne produire que cette seule référence –la désormais célèbre 5402. Ce n’est qu’en 1976 que la première Royal Oak pour femmes, en 29 mm (Modèle 8638), dessinée par Jacqueline Dimier, est lancée.

Dès 1977, ces deux modèles sont revisités en or jaune, or gris, ainsi qu’avec une version alliant acier et or jaune, donnant naissance à une véritable collection. La marque crée également un diamètre intermédiaire de 35 mm, le Modèle 4100, qui s’impose rapidement comme la référence pour les montres masculines. N’étant désormais plus considérée comme un cas particulier, la Royal Oak est sur le point de connaitre un destin prometteur.

De manière aussi surprenante qu’extraordinaire, la Royal Oak montre une grande capacité à s’adapter aux années 80. S’éloignant du Modèle 5402, Audemars Piguet explore de nouveaux territoires esthétiques grâce à des tailles et des matériaux inédits.

Des variations en platine et or rose s’imposent rapidement aux côtés des modèles en or gris, or jaune et bicolores (or jaune et acier). Ces précieux garde-temps sont souvent accompagnés d’un cadran ou d’une lunette sertis.

Cette diversité créative conduit parallèlement à la recherche de nouveaux calibres. En phase avec son temps, la Royal Oak voit arriver des mouvements quartz en 1980. D’abord réticente à implanter cette technologie au sein de sa collection phare, AP répond à la demande du marché après l’avoir testée au sein d’une collection parente (boitier de format rectangle, assez raté d’ailleurs) –le Modèle 6005, surnommé « Quartz », lancé en 1978– et dont l’esprit s’accordait à cette technologie disruptive.
 
Même si cette pièce emprunte certains éléments esthétiques à la Royal Oak, notamment la géométrie de sa boîte et son bracelet intégré combinant des finitions satinées et des chanfreins polis, sa couronne n’est plus octogonale ni ponctuée par huit vis hexagonales. En dix ans, on dénombre au moins 59 Royal Oak avec six mouvements quartz différents, s’étirant de 26 à 36 mm de diamètre.
 
Tout en expérimentant la technologie du quartz, la manufacture joue également un rôle important dans la renaissance des complications traditionnelles. En 1983, elle dévoile la première Royal Oak avec indication de la date (5572) dans une boîte de 36 mm proposée en quatre versions : acier, or jaune, or gris, ainsi qu’un mariage bicolore acier et or jaune.
 
Cette pièce à affichage calendaire multiple est suivie en 1984 du Modèle 5554, la première Royal Oak dotée du calibre automatique avec masse oscillante centrale et calendrier perpétuel le plus fin du monde, le Calibre 2120/2800, dévoilé en 1978 au sein du Modèle 5548.
 
En 1986, Audemars Piguet enrichit son offre d’une Royal  Oak Calendrier Perpétuel Squelette (Modèle 25636). Cette montre en or jaune 18 carats est la première Royal Oak squelettée, de même que la première à offrir un fond saphir qui place son calibre pionnier au centre du jeu. Ces premiers modèles à Calendrier Perpétuel, qui ont retenu l’attention des amateurs de traditions horlogères, ouvrent à la Royal Oak une nouvelle ère de réinvention.
 
A suivre…

Montres-de-luxe.com | Publié le 27 Avril 2022 | Lu 6908 fois