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Le mystérieux cuir de Russie : ses légendes et sa renaissance !


Ce cuir épais à la couleur rouge sang, qui sent le cigare, le thé et le whisky est une peausserie mystérieuse chargée de légendes… Retrouvés en 1973 dans l’épave du Metta Catharina par 30 mètres de fond en Angleterre, les stocks de ce véritable cuir de Russie sont aujourd’hui en passe de disparaitre, mais cette peausserie renait depuis quelques années grâce à un projet soutenu par Hermès qui commercialise aujourd’hui, quelques très rares sacs et accessoires en cuir Volynka…



Le cuir de Russie, historiquement appelé youfte, est un cuir mystérieux qui porte en lui de nombreuses légendes… Son origine remonte à la Russie tsariste du 18ème siècle ; il serait né lorsqu’un cosaque frotta le cuir de ses bottes avec de l’écorce de bouleau pour les rendre imperméables et même, repousser les insectes !
 
Petit à petit, ce cuir va devenir une peausserie de luxe utilisée pour le mobilier, la reliure, l’intérieur des carrosses et la botterie. Outre ses qualités intrinsèques de résistance et d’imperméabilité, solide mais doux au toucher, cette peausserie jouait avec les sens… Elle se distinguait principalement par son parfum unique, enivrant, très « animal » et si caractéristique.
 
Un parfum résolument viril, immédiatement reconnaissable et fortement apprécié à l’époque pour ses notes de tabac blond, de goudron, de whisky tourbé et de lapsang souchong. D’ailleurs, cette fragrance spécifique, souvent décrite comme veloutée et boisée, dépassera largement l'univers de la maroquinerie pour inspirer le monde de la parfumerie.

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Par exemple, dès 1875, Guerlain s'inspira de cette fragrance pour ses créations et, plus tard, dans les années 30, Ernest Beaux imaginera pour Chanel, le fameux parfum Cuir de Russie, toujours présent au sein du catalogue. D’autres grandes maisons (Maison Godet, Maison Empereur, Le Jardin Retrouvé, Jean d'Aigle, etc.) commercialisèrent ou commercialisent encore des parfums s’inspirant de cette peausserie !
 
Pendant des décennies, le cuir de Russie sera l’une des marchandises les plus prisées dans le commerce entre la Russie impériale et l'Occident, qui resta la destination première des plus belles peaux qui étaient alors tannées dans la région de Moscou, ce, jusqu'au début des années 1900.
 
Puis, ses secrets furent emportés dans le tumulte de la Révolution d'Octobre et le chaos qui s’ensuivit. Avec les nouveaux responsables politiques, les usines furent démantelées, les tanneurs s’enfuirent ou furent expatriés et la recette disparut !

Il semblerait qu’après, la Russie devenue URSS ait continué à produire un « cuir de Russie », mais cette matière première n’avait plus grand-chose à voir avec les somptueuses peausseries d’origine. Aujourd’hui, le youfte désigne un cuir grainé noir, principalement utilisé dans la fabrication de bottes et autres chaussures militaires.
 
Oublié pendant des décennies, le cuir de Russie va renaitre… Non pas de ses cendres, mais des profondeurs de l’océan : en effet, en 1973, des plongeurs découvrirent par trente mètres de fond, une épave au large de la côte de Cornouailles en Angleterre. Il s’agissait du Metta Catharina von Flensburg qui avait coulé lors d’une tempête en 1786 !
 
Ce navire avaient quitté Saint-Pétersbourg quelques semaines plus tôt mais n’arriva jamais à sa destination finale : Gênes en Italie. Dans ses cales, du chanvre et du cuir de Russie qui furent, avec les années, recouverts de limon. Un limon qui va les protéger pendant plus de deux siècles !

Jusqu’à ce que des plongeurs anglais découvrent en 1973, cette précieuse cargaison et ramènent à la surface ces rouleaux de cuir qui étaient restés intacts malgré leur long séjour sous-marin ! La légende du cuir de Russie, « indestructible » allait renaitre !
 
Le cuir de Russie est un cuir de vache ou de veau. Il présente le plus souvent, une texture granuleuse sous forme de traits ou de losanges. Bien que la composition exacte de la teinture utilisée pour obtenir cette fameuse couleur rouge sang (un rouge-brun), si prisée du cuir de Russie, ne soit pas entièrement élucidée, elle pourrait provenir de la cochenille et du pernambouc.
 
Ces pigments, extraits du pernambouc, étaient couramment utilisés dans l'industrie textile de l'Europe médiévale et furent intégrés dans les palettes de peintres illustres tels Rembrandt ou Van Gogh.
 
En réalité, c’est bel et bien la découverte du Metta Catharina en 1973 qui va remettre le cuir de Russie à la mode. Une mode réservée toutefois à quelques « connaisseurs » tant les quantités encore disponibles sur le marché sont devenues rares…

La maison Hermès acheta dans les années 90, une dizaine de ces peaux légendaires qui serviront à la confection de sacs à dépêches et de Kelly ; des sacs que l’on peut encore aujourd’hui, admirer au Conservatoire des créations Hermès situé à Pantin près de Paris.
 
En 2011, un groupe de travail fut mis en place avec Hermès dans un petit village bucolique d’Angleterre en collaboration avec la tannerie locale Baker et la conservatrice française Elise Blouet. Sa mission ? Exhumer les secrets de ce cuir au grain en forme de losange, traditionnellement teint en rouge, puis durci et trempé dans une huile à forte odeur…
 
Il aura fallu un long travail de recherche et de tâtonnements ; des essais, des échecs mais aussi… Une réussite après une « enquête scientifique » qui va durer six longues années en collaboration avec des artisans passionnés et chevronnés !

En effet, ces artisans-chercheurs vont mettre au point, pas à pas, une technique de tannage très lent (cinq mois) et végétal (avec de l’écorce de chêne et une huile dérivée du bouleau qui renforce et durcit sa surface) permettant de retrouver la texture et l’odeur du cuir de Russie. En tout, douze mois sont nécessaires à sa production.  
 
Ce cuir mis au point dans ce petit village d’Angleterre au sein de la tannerie Baker semble en tous points semblable au Cuir de Russie du 18ème siècle : son odeur, sa texture, son toucher, son grain, son aspect et même ses propriétés anti-insectes et anti-moisissures !
 
Un cuir qui se patine superbement avec le temps et qui a, d’ailleurs, attiré l’attention du CNRS qui a décidé d’étudier cette peausserie si particulière avec Elise Blouet qui précise : « La teinture est faite à la main avec des techniques ancestrales. Le rendu est donc assez hétérogène. On distingue des petites marques, des petits défauts qui font finalement la beauté de la peau… ».   

Chez Hermès, ce cuir bien particulier s’appelle Volynka (cornemuse en russe) et sert à la fabrication de trois sacs, le Bolide voyage, le fameux et somptueux Haut à courroies et le Plume voyage. En petite maroquinerie il est proposé en carnet Ulysse.
 
Pour la petite histoire, John Lobb, mais également George Cleverley réalisèrent dans les années 70, des chaussures en cuir de Russie, celui retrouvé dans l’épave. Il semblerait même qu’une paire ait été fabriquée pour le prince Charles devenu depuis le roi Charles III.
 
Plus récemment, c’est Crockett & Jones qui a utilisé le « nouveau cuir de Russie » pour deux de ses modèles, notamment une très belle bottine sur semelle Ridgeway (dans les 1.000 euros) et un derby (moins intéressant). Attention, le cuir de Russie de chez J.M. Weston, que l’on retrouve sur le modèle Chasse, n’a rien à voir avec le cuir de Russie de cet article !  

À Paris, ce cuir emblématique est utilisé par des artisans pour créer des articles de haute qualité. Daniel Lévy par exemple, propose des ceintures en cuir de Russie, fabriquées sur-mesure, au prix de 550 euros l'unité. Ces ceintures allient l'élégance traditionnelle et le prestige du cuir de Russie, offrant aux clients un produit à la fois distinctif, unique et haut de gamme.

Vous pouvez également commander des sacs ou de la petite maroquinerie en cuir de Russie chez Serge Amoruso, designer maroquinier installé en plein cœur de Paris, dans son studio du Viaduc des Arts dans le 12ème arrondissement de Paris.
 
Sachez également que les sacs de voyage Kendall en cuir Taiga (un cuir grainé) de chez Louis Vuitton ne sont pas sans évoquer le cuir de Russie. D’ailleurs, est-ce un hasard si le nom choisi pour ce cuir reprend celui de la plus grande forêt de conifères de Russie ?
 
Produits il y a une vingtaine d’années, ils sont disponibles sur le marché de l’occasion en deux tailles (45 ou 55cm) en vert (le moins intéressant), en bordeaux ou en ardoise. Optez pour le bordeaux si vous souhaitez rester dans l’esprit cuir de Russie. On en trouve notamment chez Collector Square à Paris.
 
A lire : « Cuir de Russie, mémoire du tan » par Sophie Mouquin avec Elise Blouet et Adrien Rebaudo chez Editions Monelle Hayot, 2017, 144 pages, 39 euros

Montres-de-luxe.com | Publié le 26 Avril 2024 | Lu 4297 fois


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