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Le "Chasse" de J.M. Weston : chaussure d'initiés


Alors que les frimas de l’automne comment à se faire ressentir sur l’ensemble de la France, il est grand temps de se chausser en accord avec la saison. Et parmi les chaussures de saison : les Chasse de chez J.M. Weston, probablement l’une des plus belles paires de souliers au monde et l’une des plus exclusives tant dans les matières utilisées que dans la technique employée pour sa conception. Le graal !



De prime abord pas forcément simple de comprendre pourquoi un modèle Chasse coûte 2.200 euros et qu’un Demi-chasse ne coûte que 890 euros. Le fait est que pour le béotien, ces deux chaussures se ressemblent fortement. Oui, en apparence. Mais en réalité, et dans le détail, elles n’ont absolument rien à voir !  
 
D’ailleurs, le modèle Chasse de chez Weston, référence 677, n’a rien à voir avec aucun autre du catalogue de la maison, qu’ils soient « Emblématiques »* ou pas. Le Chasse occupe tout simplement une place à part. C’est la « reine » des chaussures de la manufacture de Limoges. Il n’y a rien au-dessus du chasse. C’est le graal absolu. Celle qui les surpasse toutes, dans son cuir, dans sa conception et dans sa fabrication.
 
A l’origine le Chasse était un modèle « outdoor » qui fut créé par Eugène Blanchard dans les années 1930 (probablement 1937) pour être porté, non pas pendant la chasse, mais après. L’idée était alors d’offrir aux chasseurs de l’époque, une alternative aux lourdes bottes de cuir qu’ils portaient pendant leurs expéditions... Cela leur permettait, une fois la chasse terminée, d’enfiler des souliers plus confortables et plus légers, mais tout aussi résistants et imperméables !

Aujourd’hui, bien évidemment, ces chaussures très haut de gamme (mais relativement « low profile », seuls les amateurs les reconnaissent ; les autres ne voient qu’un simple derby) n’ont plus vocation à arpenter les terrains boueux de Sologne mais restent très à l’aise -et ultraconfortables- sur les différents bitumes des grandes villes du monde : Paris bien évidemment, mais également Osaka, Genève, Bruxelles, New-York, Londres, etc.
 
Techniquement, le Chasse fait partie de la catégorie des derbies (un 5 œillets en l’occurrence) : en catalogue, il n’existe qu’en cuir marron (les puristes ne jurant que par ce coloris) ou noir. Du cuir Russia qui n’est utilisé que pour les Chasse -ou les 4x4, la référence 690. Il est d’ailleurs amusant de remarquer que seuls le premier et le dernier des modèles Emblématiques, historiquement parlant, soient, respectivement le chasse et le 4x4, sont encore fabriqués en cuir Russia.
 
Pour mémoire le Russia est un cuir plus épais et plus gras que le box aniline. Cela, grâce à un double tannage : minéral en premier lieu, suivi d’un tannage végétal en second.

Ce derby à double semelle est constitué d’un intercalaire de 3 mm et d’une semelle d’usure de 4,5 mm en cuir Bastin (issu de la Tannerie Bastin de Saint-Léonard-de-Noblat qui appartient à J.M. Weston). Au sein de la manufacture J.M. Weston de Limoges, seuls trois artisans sont qualifiés pour l’élaboration de ce « graal » de la chaussure ! Et ces derniers le fabriquent de A à Z.
 
D’ailleurs, tous ceux qui ont eu la chance de visiter la manufacture Weston auront remarqué que les Chasse sont conçus dans un petit coin à part, hors de la ligne de fabrication des autres modèles. En moyenne, on estime que chaque artisan en réalise une paire par jour. Ils sont entièrement montés à la main selon les préceptes du cousu norvégien.
 
A ce sujet, il faut savoir que les artisans préparent eux-mêmes le fil de lin qui leur sert à ce fameux cousu norvégien : pour ce faire, il leur faut fabriquer -généralement, le vendredi après-midi- un fil de constitué de 16 à 18 brins de lin poissés d’une longueur de deux brassées (environ 3,6 mètres) pour chaque pied. Grâce à la poix, ce fil devient imperméable et évite que l’humidité remonte dans le soulier par le fil justement ! Un prérequis pour que la chaussure soit bien étanche.

Précisons que ce cousu norvégien n’a pas de trépointe. Pour le montage, l’artisan utilise une halène** qui vient percer le mur de la première de montage, la doublure, les ailettes (qui sont en « chutes » de cuir chez Weston et non en carton) et l’empeigne.
 
La régularité des points tient à leur espacement, fait « à l’œil » par l’artisan. Il croise ses fils à l’aide de deux soies (aiguilles) puis, avec son ongle, il vient plus ou moins serrer son nœud ce qui donne ces points à l’apparence si particulière et si reconnaissable pour les initiés -en forme d’aileron de requin. 
 
L’une des caractéristique principales de ce modèle, voire « sa » caractéristique principale, est son plateau*** et son « nez » jointés-main où les coutures, à l’instar de celles d’un chirurgien, viennent réunir les deux pièces de cuir grâce à une couture réalisée dans l’épaisseur même du cuir -de1,8mm, donc plus épais que le box. Un peu comme pour une cicatrice. En plus de l’aspect esthétique, ceci renforce aussi son imperméabilité !

Pour la petite histoire, traditionnellement à l’interne, dans les ateliers J.M. Weston de Limoges, les artisans surnomment cette chaussure « L’empeigne ». On ne sait pas vraiment pourquoi ce surnom a été attribué à la référence 677 ; peut-être justement à cause du travail d’orfèvre qui est réalisé sur son empeigne, soit, la partie avant de la tige… Sinon, mystère !
 
Précisons également que le cambrion du Chasse est constitué de cuir et non en bois de hêtre comme sur le reste des modèles. La raison est un peu technique mais cela s’explique car la première de montage du Chasse possède un mur gravuré qui est « fait à carre » -soit au bord de la première. Contrairement aux autres modèles où le mur gravuré est situé plus vers l’intérieur de la première.
 
Ce détail, ajouté au fait qu’il n’y ait pas de trépointe sur ce modèle, fait que l’épaisseur du mur et celle de la première de montage avec garniture en liège est beaucoup plus fine que les autres modèles. D’où la présence de ce cambrion en cuir Bastin ; qui ajoute une touche supplémentaire à l’excellence de cette référence 677 !

On remarque également sur les talons du Chasse, sur l’intérieur de la chaussure, deux petits traits verticaux… Il s’agit là d’une finition « bottier ». Un petit détail purement esthétique qui sert à le distinguer des autres. En effet sur certains modèles, une roulette était utilisée par les artisans au niveau du talon pour enlever les éventuelles traces de colle de poisson qui pouvaient couler à cet endroit-là au montage dudit talon.
 
Le chasse se prête parfaitement au MTO (made-to-order) : il peut en effet être intéressant de le commander dans d’autres coloris que le noir ou le marron -bleu ?, kaki ? bordeaux ? A ce titre, il est splendide en bicolore, par exemple, en veau grainé marron ou bordeaux et plateau en veau velours crème. Il se prête aussi idéalement aux versions bi-matières cuir et toile.
 
Par exemple, un Américain ne porte que la référence 677 en MTO bicolore et un Français ne le porte qu’en noir en différentes matières (box, grainé, daim, etc.) ! Tous les goûts, en matière de Chasse, sont donc dans la nature…

Bien évidemment, rien ne vous empêche de rendre ce modèle « outdoor » encore plus luxueux en envisageant une version en cordovan ; mais sous réserve de faisabilité car la maison n’a travaillé cette matière qu’une fois dans le cadre de la collection Humeurs de Weston (2008) pour une paire de Cambre (boots) réalisée par le designer Martin Szekely.

En revanche, le Chasse ne peut pas être réalisé en cuir exotique car ces peausseries sont beaucoup trop fines pour réaliser le fameux jointé du plateau et du nez. Donc, pas de Chasse en alligator, autruche ou lézard.   
 
Ce modèle est livré de série (tout comme les triple semelle) avec des fers encastrés à l’avant et à l’arrière (en référence à son caractère « outdoor »). Par ailleurs, c’est aussi le seul à bénéficier d’embauchoirs offerts en boutiques J.M. Weston.
 
Jean-Philippe Tarot

*Les Emblématiques chez JM Weston sont les souliers historiques de la manufacture : le mocassin 180, le mocassin à pampilles 173, le golf, le chasse, le demi-chasse, le cambre, la jodhpur, le triple semelle ou encore ce derby bateau. En tout, une dizaine de modèles incontournables et indémodables, les autres étant des créations moins intemporelles, voire même saisonnières.
** le Chasse est le seul modèle à être monté à l’aide d’une halène
***C’est d’ailleurs le seul modèle à arborer ce type de couture à part celle du plateau que l’on retrouve également sur le mocassin à pampilles -ce qui explique un tarif plus élevé !

Montres-de-luxe.com | Publié le 17 Novembre 2021 | Lu 17518 fois


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