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Ma première Foire de Bâle : avec Manuel Jacob


Alors que la Foire de Bâle subit actuellement un véritable « tremblement de terre », la prochaine édition étant officiellement annulée, nous avons demandé à des professionnels de l’horlogerie de revenir sur « leur tout premier Bâle », celui qui est resté gravé dans leur mémoire. Une série de témoignages intergénérationnels qui revient sur ce qui reste, jusqu’à ce jour, le plus grand rendez-vous mondial de l’horlogerie. Aujourd’hui, Manuel Jacob.


Ma première Foire de Bâle remonte à 1985. Jeune vendeur-gemmologue, j’avais été alors élu par ma direction, pour me rendre à la « Grande Messe ». A cette époque, il y avait aussi un autre salon important en France, Bijorhca, dont je ne ratais jamais aucune édition.
 
Mes premières impressions de la Foire de Bâle, étaient en phase avec le nom de ce salon et ce que je voyais. C’était une vraie fourmilière, le terme de « foire » était bien de mise ! Il y régnait une ambiance chaleureuse et de confrérie.
 
Nous arpentions alors les allées de part et d’autres pour y découvrir les nouveautés de nos fournisseurs, mais surtout, pour passer des bons moments d’échanges, d'amitiés et de partages en dehors de nos points de ventes respectifs. Avec nos confrères.
 
Par ailleurs, je découvrais la ville de Bâle que je ne connaissais pas, et l’appréciais.
 
L’ambiance était particulière, nous étions tous amis et surtout, il n’y avait aucune pression commerciale de la part des fournisseurs quant à un objectif annuel à réaliser et encore moins des bons de commandes déjà établis à notre nom… Autres temps, autres mœurs.
 
L’horlogerie y tenait déjà une bonne place, mais nous y venions à l'époque, surtout pour la bijouterie et joaillerie.
 
Quelques années plus tard, le marketing se développant dans le secteur de l’horlogerie, la course à la démesure a dès lors commencé. C’est à qui aurait le plus grand stand, le plus extravagant, le plus luxueux… Bref, tout était permis, pourvu qu’on ait l’ivresse.
 
Mais c’est réellement en 1995 que les plus gros changements se sont opérés. Richemont annonçait le rachat de Jaeger-LeCoultre, Lange & Söhne et IWC pour un montant astronomique. Il faut dire que le SIHH à Genève avait déjà pris son envol depuis 1991. Le renforcement de celui-ci par les marques du groupe Richemont, en faisait un concurrent direct de la Foire de Bâle qui venait d’ailleurs de changer de nom  pour devenir le « Salon mondial de l’horlogerie et de la bijouterie ».
 
En 2000, je fais ma première entrée dans ce qui deviendra trois ans plus tard, le fameux Baselworld. Je quittais le métier de détaillant pour celui de grossiste, notamment pour la maison Ebel qui appartenait alors à LVMH.
 
Le stand Ebel était alors le seul à posséder de grandes baies vitrées qui laissaient passer la lumière extérieure pour entrer sur notre magnifique espace, doté de surcroit d’un restaurant de qualité. J’étais fier de pouvoir présenter alors, les nouveautés à mes partenaires-clients, puis les accompagner à table autour d’un bon repas.
 
C’est à cette époque, que j’ai pu constituer mon réseau et nouer des liens d’amitiés et de partages avec bon nombre de personnes : des journalistes, des revendeurs, des CEO, des équipes marketing,… Bref tout ce qui alimentait humainement le salon. C’est ainsi que j’ai pu connaître mon ami Benoit Lecigne avec qui je travaille aujourd’hui aux Ambassadeurs à Luxembourg.
 
En 2004, j’ai commencé à travailler pour la Manufacture Zenith (groupe LVMH) ; et c’est aussi à cette époque (ndlr : c’est la fameuse époque Zenith dirigée par Thierry Nataf) que j’ai ressenti un certain mal être, notamment par rapport à la course à la démesure, à la course effrénée aux nouveautés, aux complications et aux extravagances du marketing, des voyages de presse et des soirées de folie.
 
Mais paradoxalement, c’est aussi entre 2004 et 2014 que j’ai passé mais plus belles années à Baselworld, les espaces étaient splendides et les stands magnifiques. Il n’y avait pas d’autre endroit, hormis le SIHH, pour offrir un salon aussi prestigieux.
 
Ces dernières années, j’ai apprécié l’initiative de Baselworld visant à mettre en avant les jeunes pousses horlogères indépendantes. Et en 2018, alors associé à une jeune marque française, Fugue-watches, j’ai pu exposer nos propres collections. Dès lors, la boucle était donc bouclée !
 
Depuis mes premiers pas en tant que vendeur en 1985, je n’imaginais pas que trente-cinq ans plus tard, je puisse à mon tour devenir un acteur à part entière de cette Foire que je regretterai, bien évidemment, et qui de toute façon n’aura plus jamais la même saveur… La faute à qui ?
 

Après avoir été directeur de Zenith France pendant des années et associé à la création de la marque horlogère Fugue, Manuel Jacob travaille depuis quelques mois pour l’enseigne horlogère Les Ambassadeurs à Luxembourg. Le détaillant suisse y a ouvert un flagship dans le luxueux centre commercial La Cloche d’Or.

Montres-de-luxe.com | Publié le 12 Mai 2020 | Lu 2332 fois



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