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Montres vintage et de collection

Montre étrier : quand l'horlogerie monte à cheval


Par | Publié le 18/09/2026 à 01:00 | mis à jour le 17/09/2026 à 10:10

Certaines montres ne se distinguent ni par leur complication ni par leur mouvement, mais par une forme caractéristique. L’étrier appartient incontestablement à cette catégorie. Objet emblématique de l’univers équestre, il a inspiré plusieurs maisons horlogères au cours du XXe siècle, de Cartier à Jaeger-LeCoultre et Favre-Leuba, avant de réapparaître chez Hermès et, plus récemment, Ralph Lauren. Une histoire où se mêlent design, sellerie, savoir-faire horloger et même, dans certains cas, stratégies industrielles.


​Des montres et des formes singulières

La montre-bracelet est longtemps restée associée au cercle. Une évidence dictée en partie par la forme du cadran et par les contraintes de la mécanique.
 
Pourtant, dès les premières décennies du XXe siècle, les horlogers commencèrent à explorer d'autres géométries : carré, rectangle, tonneau, coussin ou encore formes plus singulières.
 
Certaines de ces silhouettes vont devenir des signatures. D'autres resteront des curiosités, produites en petites séries ou pour quelques clients seulement…
 
La montre étrier appartient plutôt à cette seconde catégorie.
 
Son principe est pourtant simple. Le boîtier adopte une forme rectangulaire, tandis que les éléments qui le relient au bracelet s'étendent de part et d'autre en dessinant une courbe évoquant très directement les branches d'un étrier.
 
L'objet équestre cesse alors d'être un simple thème décoratif pour devenir une véritable architecture de boîte.

​Cartier, une première interprétation dès 1921

Parmi les exemples historiques les plus anciens et les mieux documentés figure la Cartier Étrier, également désignée dans certaines sources sous le nom de Calandre. Sotheby's situe son introduction en 1921, à une époque où Cartier multiplie les recherches sur les formes de boîtiers.
 
Un exemplaire ancien, commercialisé par E. Gübelin à Lucerne, permet de mesurer l'originalité de cette construction. Le boîtier en or adopte une véritable silhouette d'étrier : une boucle supérieure forme l'une des attaches, tandis que le corps du boîtier et ses éléments de fixation prolongent cette géométrie.
 
La référence à l'univers équestre n'est donc pas seulement suggérée. Elle est inscrite dans la construction même de la montre.
 
La rareté de ces pièces ajoute aujourd'hui à leur intérêt. Et l'histoire de la Cartier Étrier reste suffisamment complexe pour qu'il soit préférable de ne pas présenter toutes les variantes sous une même appellation sans vérification approfondie (certaines étant appelées « Calandre » par exemple).
 
Mais l'essentiel est ailleurs : dès les années 1920, Cartier montre qu'un garde-temps peut quitter la géométrie traditionnelle pour puiser son dessin dans un objet appartenant à un tout autre univers.

​Jaeger-LeCoultre : l'étrier devient un langage de forme

Quelques années plus tard, Jaeger-LeCoultre développe à son tour une montre Étrier qui sera commercialisée en acier mais aussi en or jaune.

Phillips indique que la manufacture crée dans les années 1930 une montre féminine dont le boîtier rectangulaire est relié au bracelet par deux attaches en forme d'étrier.
 
Le concept connaît ensuite différentes déclinaisons, notamment masculines (la même, un peu plus large).
 
Le dessin est particulièrement réussi parce qu'il ne cherche pas à reproduire littéralement l'objet équestre. Il en conserve seulement les éléments essentiels : la courbe des anses et la sensation de suspension.
 
C'est une démarche typique de ces montres de forme qui ont fait la richesse du design horloger du XXe siècle : prendre un objet reconnaissable et en extraire quelques lignes pour créer une nouvelle architecture.
 
La proximité avec l'univers équestre n'échappera d'ailleurs pas à Hermès, qui intégrera cette famille de montres à son offre. Phillips documente ainsi une Jaeger-LeCoultre Étrier de 1971 portant la signature Hermès sur le cadran et au dos du boîtier.

​Hermès : quand l'étrier retrouve son univers d'origine

Le cas d'Hermès est évidemment particulier. Pour une maison née de la sellerie, l'étrier n'est pas un simple motif décoratif. Il appartient au vocabulaire historique de la marque, au même titre que la selle, le mors ou les différents éléments du harnachement.
 
La montre étrier prend donc chez Hermès une dimension presque naturelle : un objet issu de l'univers équestre entre à son tour dans celui de l'horlogerie. Et s’installe rue du Faubourg Saint Honoré avec naturel.
 
Mais l'histoire est plus intéressante encore lorsqu'on constate que cette rencontre passe notamment par Jaeger-LeCoultre.
 
La montre Étrier devient ainsi un point de rencontre entre deux univers : celui de la sellerie et du luxe parisien d'un côté, celui de la grande tradition horlogère suisse de l'autre puis JLC et Hermès proposèrent des montres Etrier avec double signature !

​Favre-Leuba et Jaeger-LeCoultre : deux maisons sœurs, une même silhouette

C'est probablement l'un des épisodes les plus intéressants de cette histoire.
 
La Favre-Leuba que nous avons retrouvée en est un excellent témoignage. Son boîtier est extrêmement proche de celui de la Jaeger-LeCoultre Étrier : même construction rectangulaire, mêmes longues attaches arrondies qui donnent à l'ensemble cette silhouette caractéristique.
 
Il faut savoir qu’en 1969, Favre-Leuba et Jaeger-LeCoultre deviennent effectivement des sociétés sœurs lorsque Georges Favre acquiert le groupe SAPIC, qui possède alors Jaeger-LeCoultre.
 
Les deux marques conservent cependant leurs stratégies commerciales propres. Mais cette période est marquée par plusieurs collaborations et échanges entre les deux maisons.
 
Dans ce contexte, retrouver deux montres pratiquement jumelles sous deux signatures différentes devient particulièrement intéressant.
 
Même architecture, même période, deux marques et potentiellement deux marchés.

​Ralph Lauren : quand l'étrier devient une signature

Il faudra attendre le XXIe siècle pour voir cette forme revenir avec une ambition nouvelle.
 
Présentée en 2009 à Genève, la collection Stirrup compte neuf montres lors de son lancement. Leur point commun : un boîtier dont la silhouette reprend directement celle de l'étrier, associé à un bracelet inspiré de l'univers de la sellerie.
 
Le partenariat alors conclu entre Ralph Lauren et Richemont permet également à la marque américaine de bénéficier de mouvements issus de manufactures du groupe. Le rapport annuel de Richemont de 2009 indique notamment que le chronographe Stirrup était équipé d'un mouvement RL750 fabriqué par Jaeger-LeCoultre pour Ralph Lauren.
 
La Stirrup inscrit ainsi une forme ancienne dans une approche contemporaine du luxe équestre.

​ Une petite forme, une vraie histoire horlogère

La montre étrier n'est pas une catégorie horlogère à proprement parler. Elle raconte autre chose : la capacité de l'horlogerie à transformer un objet du quotidien en langage esthétique.
 
Cartier* en fait une création rare dès les années 1920. Jaeger-LeCoultre la transforme en véritable famille de montres de forme. Hermès la rapproche naturellement de son univers de sellerie.
 
Favre-Leuba en offre un témoignage particulièrement intéressant des synergies possibles entre deux maisons sœurs. 
 
Puis enfin, Ralph Lauren lui donne une seconde vie en faisant de l'étrier une véritable signature contemporaine…

*Chez Cartier, Etrier fut également une collection de bijoux. 

Des modèles plus confidentiels

Dans les années 70/80, on trouve aussi des montres Etrier pour femmes chez la marque Halcon, Heno ou Aurore…
 
Il existe aussi des variantes de montres Etrier chez Baume et Mercier qui reprennent le même design que les JLC.
 
Aujourd’hui encore, chez Pequignet une montre pour femmes de type Etrier (à quartz) existe encore en collection dans la gamme Equus Attelage. Liste non exhaustive.