Nigel Cabourn : un héritage immense
Il y a des hommes qui subissent les modes, et d’autres qui les traversent sans jamais dévier de leur boussole.
Nigel Cabourn était de cette seconde catégorie. Une force de la nature, un électron libre basé à Newcastle qui, pendant plus de cinquante ans, a préféré le parfum de la toile cirée et du Harris Tweed aux projecteurs éphémères des défilés parisiens ou milanais.
Sa disparition, survenue la semaine dernière des suites d’un cancer, laisse un grand vide au sein d’une communauté internationale de passionnés –de Paris à Tokyo en passant par les USA– pour qui s’habiller signifie d’abord raconter une histoire.
Nigel Cabourn était de cette seconde catégorie. Une force de la nature, un électron libre basé à Newcastle qui, pendant plus de cinquante ans, a préféré le parfum de la toile cirée et du Harris Tweed aux projecteurs éphémères des défilés parisiens ou milanais.
Sa disparition, survenue la semaine dernière des suites d’un cancer, laisse un grand vide au sein d’une communauté internationale de passionnés –de Paris à Tokyo en passant par les USA– pour qui s’habiller signifie d’abord raconter une histoire.
Le gardien du temps et de la toile
Né en 1949, Nigel Cabourn n’était pas un couturier au sens classique ; il se définissait volontiers comme un chercheur ou un archéologue du textile…
À la tête d’une collection personnelle de plus de 4.000 pièces d’archives -uniformes de la Royal Navy, tenues d’expéditions polaires, bleus de travail du début du XXe siècle-, il passait son temps à décortiquer le passé pour mieux armer l'homme moderne contre le temps présent.
Alors que la mode plongeait dans le synthétique et le jetable, Cabourn répondait par la Ventile (ce coton ultra-dense des pilotes de la RAF), le drap de laine brut et les coupes faites pour durer plusieurs vies.
A ce titre, il fut l’un des pionniers du mouvement « heritage », redonnant ses lettres de noblesse au concept de « vêtement de patrimoine ».
« Je ne m'intéresse pas à la mode. Je m'intéresse à l'histoire, à la fonctionnalité et à la qualité. Si un vêtement a pu protéger un homme sur l’Everest en 1953, il a forcément sa place dans la rue aujourd’hui » disait Nigel Cabourn.
À la tête d’une collection personnelle de plus de 4.000 pièces d’archives -uniformes de la Royal Navy, tenues d’expéditions polaires, bleus de travail du début du XXe siècle-, il passait son temps à décortiquer le passé pour mieux armer l'homme moderne contre le temps présent.
Alors que la mode plongeait dans le synthétique et le jetable, Cabourn répondait par la Ventile (ce coton ultra-dense des pilotes de la RAF), le drap de laine brut et les coupes faites pour durer plusieurs vies.
A ce titre, il fut l’un des pionniers du mouvement « heritage », redonnant ses lettres de noblesse au concept de « vêtement de patrimoine ».
« Je ne m'intéresse pas à la mode. Je m'intéresse à l'histoire, à la fonctionnalité et à la qualité. Si un vêtement a pu protéger un homme sur l’Everest en 1953, il a forcément sa place dans la rue aujourd’hui » disait Nigel Cabourn.
De l'Everest au vestiaire urbain : les chefs-d’œuvre d'un passionné
Son coup de maître restera sans doute la collection Limited Edition 1 en 2003, célébrant le cinquantenaire de l’ascension de Sir Edmund Hillary.
C’est de là que sont nées des pièces devenues mythiques, s'arrachant aujourd'hui à prix d'or chez les collectionneurs :
La Cameraman Jacket : un hybride génial associant la Ventile imperméable sur le haut et le Harris Tweed sur le bas, fermée par des clips de pompier.
La Everest Parka : le graal absolu de la doudoune hivernale, rembourrée de duvet d'oie et bordée de fourrure, conçue pour affronter les conditions les plus extrêmes avec une élégance brute.
Pour satisfaire son obsession de la bienfacture, le designer (et sa marque éponyme) avait scindé sa production en deux : la ligne Authentic, fièrement manufacturée dans les derniers ateliers historiques de Grande-Bretagne et la Main Line, développée au Japon avec des artisans capables de pousser le tissage et les teintures à l'indigo vers des sommets de perfection.
Un souci du détail et de la mécanique textile qui résonne d'ailleurs tout particulièrement avec l'exigence de la belle horlogerie.
C’est de là que sont nées des pièces devenues mythiques, s'arrachant aujourd'hui à prix d'or chez les collectionneurs :
La Cameraman Jacket : un hybride génial associant la Ventile imperméable sur le haut et le Harris Tweed sur le bas, fermée par des clips de pompier.
La Everest Parka : le graal absolu de la doudoune hivernale, rembourrée de duvet d'oie et bordée de fourrure, conçue pour affronter les conditions les plus extrêmes avec une élégance brute.
Pour satisfaire son obsession de la bienfacture, le designer (et sa marque éponyme) avait scindé sa production en deux : la ligne Authentic, fièrement manufacturée dans les derniers ateliers historiques de Grande-Bretagne et la Main Line, développée au Japon avec des artisans capables de pousser le tissage et les teintures à l'indigo vers des sommets de perfection.
Un souci du détail et de la mécanique textile qui résonne d'ailleurs tout particulièrement avec l'exigence de la belle horlogerie.
L'élégance du caractère
Au-delà de ses créations, l’homme marquait les esprits par sa silhouette iconique.
Au Pitti Uomo à Florence, au milieu des costumes sur mesure et des cravates en soie, Cabourn détonnait avec superbe : salopette en denim lourd de sa ligne Lybro, grosses chaussures de travail, barbe blanche de vieux loup de mer et éternel bonnet vissé sur le crâne.
Il arborait un sourire franc, une générosité débordante et une énergie de jeune homme qui contrastait avec l'austérité parfois feinte de l'industrie.
Des marques patrimoniales comme Barbour, Filson ou Red Wing ne s'y étaient pas trompées en multipliant les collaborations avec lui, cherchant à capter un peu de sa science du vêtement vrai.
Nigel Cabourn est parti, mais son vestiaire, lui, reste d'une implacable modernité. Parce qu’il repose sur le bon sens, le respect du travail artisanal et le culte du beau produit. Et, in fine, l’atemporalité. Soit, précisément, la définition même du luxe authentique.
Nigel Cabournhttps://www.cabourn.com/en-fr
Au Pitti Uomo à Florence, au milieu des costumes sur mesure et des cravates en soie, Cabourn détonnait avec superbe : salopette en denim lourd de sa ligne Lybro, grosses chaussures de travail, barbe blanche de vieux loup de mer et éternel bonnet vissé sur le crâne.
Il arborait un sourire franc, une générosité débordante et une énergie de jeune homme qui contrastait avec l'austérité parfois feinte de l'industrie.
Des marques patrimoniales comme Barbour, Filson ou Red Wing ne s'y étaient pas trompées en multipliant les collaborations avec lui, cherchant à capter un peu de sa science du vêtement vrai.
Nigel Cabourn est parti, mais son vestiaire, lui, reste d'une implacable modernité. Parce qu’il repose sur le bon sens, le respect du travail artisanal et le culte du beau produit. Et, in fine, l’atemporalité. Soit, précisément, la définition même du luxe authentique.
Nigel Cabournhttps://www.cabourn.com/en-fr











