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A Schiphol, Maarten Baas fait d'un millier de personnes les aiguilles d'une horloge


Par | Publié le 31/08/2026 à 05:00 | mis à jour le 26/08/2026 à 12:12

Dix ans après son célèbre « Real Time » installé à Schiphol, le designer néerlandais Maarten Baas revient dans l’aéroport d’Amsterdam avec « The People’s Clock ». Cette nouvelle œuvre remplace l’unique personnage de 2016 par près de 1.000 volontaires, transformant littéralement des êtres humains en aiguilles d’horloge.


Dix ans après le « Real Time » de Schiphol

Une horloge peut-elle fonctionner sans mécanisme, sans aiguilles et sans mouvement d’engrenages ? Pour Maarten Baas, la réponse est oui.
 
Depuis plusieurs années, le designer néerlandais explore la représentation du temps à travers sa série Real Time, dans laquelle des performances filmées remplacent les mécanismes traditionnels.
 
À l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol, cette réflexion prend aujourd’hui une nouvelle dimension avec The People’s Clock, une installation permanente dévoilée dans le Lounge 1, la zone réservée aux départs vers les destinations de l’espace Schengen.

​Suite logique de l’œuvre de 2016

Le nouveau projet constitue une suite logique au travail réalisé par Maarten Baas pour Schiphol en 2016.
 
À l’époque, le designer avait installé dans le Lounge 2 une imposante horloge dans laquelle semblait se trouver un homme en combinaison bleue. Minute après minute, celui-ci dessinait les aiguilles sur une surface vitrée avant de les effacer pour recommencer.
 
L’illusion était particulièrement convaincante. En réalité, il s’agissait d’une performance filmée pendant douze heures, ensuite diffusée en boucle afin d'indiquer l'heure réelle.
 
L'œuvre appartient à la série Real Time, initiée par Baas en 2009 et qui explore depuis le rapport entre horlogerie, performance, vidéo et perception du temps. Cette première horloge est d'ailleurs toujours visible au Lounge 2 de Schiphol.
 
Dix ans plus tard, Maarten Baas reprend donc le même principe, mais en change radicalement l’échelle.

​Près de 1.000 personnes deviennent les aiguilles

Pour The People’s Clock, près de 1.000 volontaires, pour la plupart employés de Schiphol, ont participé à la réalisation de l'œuvre.
 
Parmi eux figuraient notamment des agents de nettoyage, des personnels de sécurité, des membres d'équipage, des employés de bureau ou encore des personnels chargés des opérations au sol.
 
Réunis dans un vaste hangar, ils ont participé au tournage pendant plusieurs jours. Le principe est aussi simple que spectaculaire : filmés depuis le dessus, les participants se déplacent ensemble par petits pas, suivant une trajectoire circulaire.

Leur formation compose ainsi les deux aiguilles de l'horloge.
 
Le résultat est ensuite diffusé sous la forme d'une vidéo de douze heures, synchronisée avec l'heure réelle. L'installation fonctionne donc selon le même principe que les précédentes œuvres Real Time de Baas : une performance humaine enregistrée devient un instrument capable d'indiquer l'heure.
 
Mais Baas ajoute ici un détail supplémentaire. Si l'on observe attentivement l'image, un coureur vêtu d'orange évolue sur le pourtour de la formation. Il effectue un tour par minute et représente ainsi la trotteuse.

​Du geste individuel à une mécanique collective

C'est probablement là que réside l'intérêt principal de cette nouvelle réalisation.
 
En 2016, le temps était incarné par un seul homme, répétant inlassablement le même geste pour dessiner les aiguilles. En 2026, le mécanisme devient collectif. Ce ne sont plus les gestes précis d'un individu qui produisent l'illusion du temps, mais les déplacements coordonnés de centaines de personnes.
 
L'idée est particulièrement adaptée à Schiphol. L'aéroport constitue lui-même un immense espace de circulation humaine, dans lequel employés et voyageurs se croisent en permanence.

Schiphol explique d'ailleurs avoir souhaité placer les personnes qui font fonctionner quotidiennement l'aéroport au cœur de cette nouvelle œuvre.
 
L'installation ne cherche donc pas à reproduire le fonctionnement d'une véritable horloge. Elle en reproduit plutôt la fonction et l'illusion. Les engrenages disparaissent, remplacés par des corps humains ; les aiguilles deviennent une chorégraphie ; le mécanisme devient une performance enregistrée.

​Une horloge qui reste avant tout une œuvre vidéo

Cette distinction est importante. Malgré son apparence et sa fonction, The People’s Clock n'est pas une horloge mécanique au sens horloger du terme.
 
Il n'y a ici ni mouvement, ni rouage, ni système de régulation. L'heure est produite par une vidéo de douze heures réalisée en amont puis diffusée en continu. Le procédé est néanmoins suffisamment précis pour donner au spectateur l'impression d'observer une véritable horloge en fonctionnement.
 
C'est précisément ce qui caractérise le travail de Maarten Baas dans la série Real Time : brouiller la frontière entre objet fonctionnel, performance artistique et représentation du temps.
 
Avec The People’s Clock, le designer pousse cette logique encore plus loin. En 2016, un homme devenait les aiguilles d'une horloge. En 2026, c'est une foule entière qui les remplace.
 
Et dans un lieu où chacun regarde régulièrement l'heure avant de prendre son avion, cette idée prend une dimension assez particulière : à Schiphol, le temps ne se contente plus de s'afficher. Il se met littéralement en mouvement.