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Avec l'arrivée de l'été, le retour des chaussures "bateau"


Alors que les beaux jours ne devraient pas tarder à s’installer sur l’Hexagone (enfin), l’envie de ressortir les fameuses chaussures dites « bateau » ou "de pont" se fait de plus en plus pressante. Profitons de l’arrivée de l’été et d’un modèle de ce type chez J.M. Weston pour revenir sur l’histoire de cette « sportive » qui n’a pas peur de l’eau !



La maison limougeaude J.M. Weston vient de dévoiler un nouveau modèle baptisé « DoubleVent » (une référence avec lacets et l'autre sans), disponible en deux couleurs dans chaque version qui associe peu ou prou l’allure de son fameux 180 (sans que ce soit la même forme) à la technique des chaussures de bateau.
 
Une sorte de « Docksides » de luxe en cuir déperlant sur semelle gomme blanche à 620 euros, qui, précisons-le, n'est pas fabriquée à Limoges mais en Italie. Des nos jours, Hermès, John Lobb et bien d'autres proposent également des versions haut de gamme de la chaussure Bateau. De même qu'il en existe aussi dans l'entrée de gamme comme chez Rudy's par exemple. 
 
Profitons de l’arrivée de cette nouveauté et de l’été pour ressortir nos « bateaux ». Non pas ceux qui s’abritent dans les ports, mais celles qui se trouvent dans nos armoires. Nos fameuses Docksides ou Sperry Top Siders.

Les deux grands noms incontournables en la matière même s’il existe des modèles dans bien d’autres marques…  Mais les « vraies », les authentiques, celles qui nous intéressent, proviennent forcément de l’un de ces géants de la chaussure « leisure-wear » américains !
 
En Europe et notamment en France, la chaussure bateau, c’est la Docksides (et dans une moindre mesure, Timberland) ! La plus connue et la plus reconnue. On la porte depuis les années 80 avec, après deux décennies de désamour, un retour en force depuis le début des années 2000.
 
Mais à l’origine, la chaussure bateau, c’est une Sperry Top Sider ! A ses débuts, elle n’avait pas encore la forme de ce mocassin de sport, mais plutôt celle d’une basket ! De fait, le concept de la Deck Sneaker est née dans les années 30.
 
C’est la maison Sperry (anciennement Sperry Top Sider) qui en revendique la paternité. Comme toujours, ce produit devenu un grand classique de la mode masculine, découle d’un évènement, d’un besoin…

En effet, alors qu’il arpentait le pont de son bateau, le Sirocco, Paul Sperry glissa et se retrouva dans les eaux froides de Long Island. C’était en 1934. En réalité, avant même de créer ce nouveau type de semelles, Paul Sperry avait essayé de peindre le pont de son voilier d’une peinture grainée.
 
Le résultat fut efficace et évita effectivement les chutes. En revanche, la peinture s’avérait particulièrement abrasive pour la peau des marins ! Il décida alors d’étudier une solution pour les semelles de ses chaussures de pont.
 
Après des dizaines et des dizaines d’essais infructueux, il finit par trouver « la » technique adéquate ! Son éclair de génie, il le doit en réalité à son cocker Prince. Alors qu’il courrait sur la glace sans glisser, il observa de plus près la texture des coussinets de son chien.
 
Il remarqua d’innombrables petites striures (3.700 au total) qu’il répliqua sur une semelle en caoutchouc ; cette matière étant à cette époque en pleine essor. Le dépôt de brevet de la semelle « Razor Siping » sera effectif en 1937. La semelle antidérapante était née. Et le story-telling également.

La dénomination d’origine de cette sneaker était Circular Vamp Oxford ou CVO : elle était constituée sur le dessus d’un tissu en coton à séchage rapide soudé à une semelle en caoutchouc (par « vulcanisation »). Vendues au départ par correspondance, cette CVO fut un succès quasi-immédiat malgré un prix élevé pour l’époque.
 
En 1940, Paul Sperry réussit même à signer un contrat de fourniture pour l’US Navy et ses marins ! Au fil du temps, cette chaussure de bateau à cinq œillets s’est imposée avec son design simple sans fioritures mais ultra-efficace.
 
C’est dans les années 50/60 que le produit évolue et que deux chaussures « bateau » vont coexister : d’un côté la Deck sneaker d’origine en tissu et de l’autre, un modèle en cuir issu du mocassin qui va devenir la Dock shoe chez Sperry Top Sider et la Docksides chez Sebago* qui sortira quant à elle en 1970 !
 
Ces deux types de chaussures « bateau » seront adoptés par l’Ivy League dans les années 60 mais aussi par les politiciens fortunés de la côté Est adeptes de la voile (comme J.F. Kennedy), par les membres des différents yacht-clubs ou par les stars d’Hollywood ! Et devenir de grands classiques de la chaussure sportswear.

En Europe, c’est dans les années 80 que les jeunes vont s’approprier la Docksides avec le modèle Portland qui était alors fabriqué dans le Maine aux USA : un mocassin en cuir marron deux œillets avec lacets en cuir et plateau jointé sur semelle gomme blanche.
 
La chaussure « bateau » par excellence qui va petit à petit prendre des couleurs pour s’habiller de bleu marine puis plus tard, de coloris plus fun comme les modèles tricolores bleu, blanc et rouge, les bleu et rose, les beige, crème et bleu marine, etc.
 
En 1984, Sebago fut la première marque américaine à sponsoriser un voilier dans l’America’s Cup. En 1987, c’est Sperry Top Sider qui devient la chaussure officielle de l'équipe de voile américaine lors de la reconquête historique de l'America's Cup.
 
Les Docksides ont été de grands classiques « preppy » pendant une vingtaine d’années, l’un des symboles du style BCBG avant de se ringardiser durant deux décennies…

Depuis que Sebago a été racheté par l’entreprise BasicNet (Superga, K-Way et Kappa) en 2017, ces chaussures iconiques font un beau retour sur le marché, autant sur le bitume de Tokyo, Paris, New-York ou Londres que dans les ports du monde entier où les marins, eux, n’ont jamais vraiment cessé de les porter !
 
La Docksides de Sebago (aujourd’hui fabriquée en République Dominicaine) ou la Dock shoe de Sperry ont les mêmes caractéristiques. Mais généralement, c’est un peu comme les amateurs de montres avec Omega ou Rolex : soit on porte du Sebago, soit on porte du Sperry. Mais on porte rarement les deux marques…
 
Cette chaussure est relativement légère (dans les 400 grammes) ; elle est composée d’une tige en cuir ou en nubuck (traité pour résister à l’eau salée**) cousue main, d’une semelle en gomme cousue à la machine, se ferme par des lacets en cuir qui font le tour de la chaussure, avec un œillet en laiton par trou et deux œillets pour le laçage.
 
On préfère les modèles avec la semelle en gomme blanche, plus authentique, mais avec le temps, d’autres couleurs sont venues s’ajouter en catalogue comme le noir, le marron, le bleu, le orange…

Récemment, Sebago a ressorti toute une collection de Docksides reprenant les coloris des modèles des années 80 ! Un retour aux sources pour les boomers et une note nostalgique et vintage pour les Millenials. Chacun y trouvant son compte pour des raisons différentes.
 
Si la chaussure bateau se porte en ville, elle reste tout de même plus à sa place en vacances, en escapade ou en bord de mer ! Elle est aussi à l’aise avec un maillot de bain, un bermuda, un denim ou un chino. Avec chemise en lin, polo ou t-shirt.
 
Pour une soirée « yachting », on peut même la porter avec un bermuda blanc, un polo ou une chemise en popeline blanche et un joli blazer en lin bleu marine.
 
Ah oui, une dernière chose, la chaussure « bateau » se porte sans chaussette !

Jean-Philippe Tarot
 
*Sebago signifie « grandes eaux » en Amérindien
**Bien les rincer à l’eau douce quand elle ont pris la mer… Et les laisser sécher loin d’une source de chaleur. Pensez également à les cirer de temps à autres et n’hésitez pas à les imperméabiliser, elles n’en dureront que plus longtemps.

Montres-de-luxe.com | Publié le 14 Juin 2024 | Lu 2270 fois


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