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Hublot MDM : l'histoire méconnue des montres d'avant la Big Bang...

Hublot MDM : l’histoire des premières montres de Carlo Crocco


Par | Publié le 13/10/2026 à 05:00 | mis à jour le 11/10/2026 à 12:16

Bien avant que la Big Bang ne devienne l’emblème de Hublot, Carlo Crocco avait imaginé une montre qui allait bousculer les codes de l’horlogerie de luxe. Lancée en 1980, cette création associait un boîtier en or à un bracelet en caoutchouc naturel noir, dont la particularité était de dégager une délicate odeur de vanille. Commercialisées sous la signature Hublot MDM Genève, ces montres constituent aujourd’hui un chapitre méconnu de l’histoire de la marque suisse. Retour sur une aventure horlogère qui mérite d’être redécouverte.


1980 : Carlo Crocco bouscule les codes de l’horlogerie

Pour comprendre les origines de Hublot, il faut remonter au milieu des années 1970. Carlo Crocco, entrepreneur italien issu d’une famille liée à l’horlogerie, décide alors de développer sa propre montre en Suisse.
 
Le projet demande plusieurs années de travail avant d’aboutir, en 1980, à la présentation du premier modèle Hublot lors du salon horloger de Bâle.
 
À une époque où les montres de luxe sont encore largement associées aux bracelets en cuir ou en métal précieux, son idée détonne : réunir l’or et le caoutchouc naturel au sein d’une même montre.
 
Le boîtier en or contraste avec un bracelet noir, souple et confortable, tandis que la lunette circulaire, ponctuée de douze vis apparentes, évoque un hublot de bateau. Le nom de la marque découle d’ailleurs directement de cette inspiration.
 
La première Hublot se distingue également par ses dimensions relativement contenues, avec un diamètre de 33 mm, et par son cadran noir minimaliste. L’ensemble privilégie la lisibilité et la sobriété plutôt que la démonstration décorative. Le résultat est une montre à la fois classique par ses matériaux précieux et sportive par son bracelet et son dessin.
 
L’idée paraît aujourd’hui familière. Elle l’était nettement moins en 1980 ! En associant l’or à une matière jusqu’alors peu valorisée dans l’horlogerie haut de gamme, Carlo Crocco propose une autre définition du luxe : une montre précieuse qui ne renonce ni au confort ni à une certaine décontraction. Voire même une certaine « coolitude »…

​Un bracelet en caoutchouc à l’odeur de vanille

L’une des particularités les plus étonnantes de la première Hublot tient à son bracelet. Carlo Crocco ne souhaitait pas seulement obtenir un caoutchouc souple et résistant. Il voulait également que celui-ci soit agréable à porter au quotidien.
 
Le développement de ce bracelet en caoutchouc naturel aurait nécessité environ trois années de recherche. Sa composition lui conférait une particularité sensorielle devenue indissociable des récits consacrés aux premières Hublot : une odeur de vanille, destinée à rendre le contact avec cette matière plus agréable.
 
Ce détail mérite d’être souligné. À l’époque, l’innovation ne réside pas dans un matériau horloger spectaculaire ou dans une complication mécanique, mais dans le choix d’un bracelet inhabituel et dans le soin apporté à son usage quotidien.
 
La montre repose ainsi sur une idée simple, mais cohérente : l’or apporte la dimension précieuse que requiert une montre suisse, tandis que le caoutchouc naturel assure souplesse et confort. La lunette inspirée d’un hublot complète cette identité immédiatement reconnaissable.
 
Avec le recul, cette association constitue l’un des premiers exemples marquants de ce que Hublot appellera plus tard l’Art de la Fusion.

​Quartz ou mécanique : une collection aux deux visages

Si les modèles à quartz occupent une place importante dans cette première période, la marque développe également des versions mécaniques, notamment automatiques.
 
Les montres à quartz correspondent à une partie de l’offre de cette époque, dans un contexte où cette technologie s’est largement imposée sur le marché. Elles permettent de proposer des montres relativement fines, pratiques et faciles à utiliser.
 
Certaines références se retrouvent d’ailleurs aujourd’hui sur le marché de l’occasion à des tarifs encore accessibles.
 
La référence 1521.1, par exemple, est documentée dans un catalogue de vente d’Artcurial comme une Hublot MDM Genève en acier d’environ 1990, dotée d’un mouvement à quartz, d’un affichage de la date et d’un boîtier de 36 mm.
 
Mais les collections comprennent aussi des modèles automatiques plus élaborés. La référence 1582.3, connue sous le nom de « Golden Hind », en apporte une illustration particulièrement intéressante : cette montre en or jaune, produite en série limitée, est animée par un mouvement automatique fondé sur l’ETA 2892/2.
 
Cette coexistence entre quartz et mécanique est importante pour comprendre la production MDM. Il ne s’agit pas d’une collection homogène, mais d’une famille de montres déclinées selon différentes références, matériaux, fonctions et niveaux de sophistication.

​Les années 1990 : Hublot gagne en visibilité

La progression de la marque ne se fait pas immédiatement. Il faut du temps à Carlo Crocco et à ses équipes pour imposer cette proposition atypique auprès des détaillants et des amateurs de montres de luxe.
 
Au fil des années 1980 et surtout durant les années 1990, Hublot gagne progressivement en visibilité. Des personnalités comme Elton John, le prince Albert II de Monaco ou Giorgio Armani contribuent à faire connaître ses créations.
 
Les montres conservent les principaux codes de la première Classic : une lunette circulaire inspirée du monde maritime, des vis apparentes, des cadrans relativement sobres et, sur de nombreuses versions, le bracelet en caoutchouc.
 
Les matériaux et les configurations évoluent néanmoins, avec des modèles en acier, en or ou bicolores, ainsi que des chronographes et des montres automatiques.
 
La production comprend également des pièces plus rares, qui témoignent d’une volonté d’explorer d’autres territoires esthétiques. Certaines se distinguent par leurs cadrans décorés, leurs matériaux précieux ou leurs séries limitées.
 
C’est précisément ce qui rend cette période intéressante pour les collectionneurs : derrière une identité générale très cohérente se cache une production plus variée qu’on ne l’imagine souvent.

​La Golden Hind : une Hublot MDM particulièrement rare

Parmi les créations de cette période figure la Hublot MDM Genève réf. 1582.3, baptisée « Golden Hind ». Produite dans les années 1990 à seulement 30 exemplaires selon les catalogues de ventes aux enchères, elle illustre la facette la plus confidentielle de cette première Hublot.
 
Son cadran en émail translucide représente un navire gravé en or, en référence au Golden Hind, le galion associé à l’explorateur anglais Francis Drake. Cette décoration contraste avec le dessin épuré des premières Classic et confère à la montre une personnalité singulière.
 
La référence existe en plusieurs variantes de couleur, notamment avec des cadrans verts ou bruns, certaines versions recevant également des diamants. Le boîtier en or jaune mesure 36 mm et abrite un mouvement automatique dérivé de l’ETA 2892/2.
 
La Golden Hind permet ainsi de dépasser l’image d’une Hublot essentiellement fondée sur l’association entre l’or et le caoutchouc. Elle témoigne d’une production capable de s’aventurer vers des cadrans plus travaillés et des pièces destinées à un public de connaisseurs.
 
L’intérêt pour cette référence a récemment été renforcé par une observation horlogère consacrée à Bernard Arnault. Le dirigeant de LVMH a été identifié par une base spécialisée comme portant une Hublot MDM réf. 1582.3 lors du défilé Dior printemps-été 2027 à Paris.
 
Cette identification reste à rapprocher de la photographie originale, mais elle souligne l’intérêt que peuvent encore susciter ces montres d’avant la Big Bang. D’ailleurs peut-on espérer revoir un jour des modèles « MDM » au sein du catalogue Hublot contemporain ? Certains amateurs les demandent…

​2004-2005 : de Carlo Crocco à Jean-Claude Biver

Au début des années 2000, Carlo Crocco souhaite se consacrer davantage à ses autres activités, notamment à la fondation MDM, engagée dans des actions caritatives.

En 2004, Jean-Claude Biver prend la direction de Hublot et engage une nouvelle phase de développement.
 
La marque va alors pousser beaucoup plus loin le principe de l’association des matériaux. L’or, le caoutchouc, l'acier, la céramique et d’autres matériaux sont combinés dans des créations au dessin plus affirmé. Le concept d’Art de la Fusion devient un axe majeur de son identité.
 
En 2005, la présentation de la Big Bang marque un tournant. Avec son boîtier imposant, sa construction en plusieurs parties et ses associations de matières, elle donne à Hublot une visibilité internationale considérable.
 
Cette nouvelle étape ne doit cependant pas occulter le rôle de Carlo Crocco. La Big Bang ne naît pas de rien : elle prolonge, en la transformant profondément, une démarche esthétique inaugurée un quart de siècle plus tôt.

Les Hublot MDM constituent donc bien davantage qu’un simple prélude à la collection contemporaine. Elles racontent l’histoire d’une marque qui a choisi, dès ses origines, de remettre en question les conventions du luxe horloger. Et dont certaines créations, aujourd’hui, méritent de retrouver leur place dans l’histoire de la montre suisse.

​Le saviez-vous ?

Dès ses premières années, Hublot bénéficie du soutien de personnalités prestigieuses.
 
Le roi Juan Carlos Ier d’Espagne compte parmi les amateurs connus de la marque, contribuant à asseoir la notoriété de cette montre en or montée sur un bracelet en caoutchouc parfumé à la vanille.
 
Une histoire de cadeau royal, attribué à Constantin II de Grèce, circule également parmi les collectionneurs, sans que son authenticité soit aujourd’hui solidement documentée.

​Que signifie MDM ?

S’agit-il de « Meilleure des montres » ? C’est une idée reçue extrêmement répandue (et plutôt flatteuse pour la marque !), mais il s'agit bien d'une légende urbaine.
 
L'explication officielle et historique enregistrée aux registres de la marque reste bel et bien celle de Marie-Danielle Montres, en hommage à l'épouse du fondateur Carlo Crocco.
 
Cependant, le jeu de mots « Meilleure Des Montres » circule depuis très longtemps dans le milieu horloger, entretenu par la fierté de la maison à l'époque où elle avait lancé ce concept révolutionnaire d'associer un boîtier en or précieux à un strap en caoutchouc naturel !




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