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J.M. Weston : le mocassin 180 de A à Z


Dessiné dans les années 30 à Limoges, le mocassin 180 de JM Weston est une icône absolue de la mode masculine. Né dans la Haute Vienne, cette chaussure extrêmement racée, a su séduire les amateurs de beaux souliers depuis des décennies, des trottoirs parisiens à ceux de Ginza à Tokyo. Un intemporel qui a largement dépassé les modes pour s’imposer comme un « classique » incontournable dans le paysage de l’élégance.



Selon toute vraisemblance, le concept du mocassin Weston remonterait à 1938… Mais aucune archive de cette période ne subsiste, le fondateur de la marque Eugène Blanchard, un tantinet parano, ayant tout détruit !
 
Sa naissance officielle date donc 1946, dans l’immédiate après-guerre, alors que la France se reconstruit… Depuis, son design n’a jamais changé ! Ou si peu.
 
A l’époque, ce tout nouveau modèle à la ligne étroite et à l’empeigne courte, permet d’être enfilé sans chausse-pied ; c’est d’ailleurs l’une des raisons de son succès au Japon où l’on retire ses chaussures à tout bout de champ. Ce qui explique aussi l’engouement des mocassins dans ce pays d’une manière générale.
 
En cette période où les souliers pour hommes étaient principalement des derbys et des richelieu, l’idée était audacieuse et novatrice : il s’agissait en effet de proposer une « chaussure de voyage » donc relativement « casual », mais sans le nécessaire qui l’accompagnait habituellement, comme les lacets ou les tire-boutons… Bref, une chaussure moderne en phase avec son temps. Elégante en toutes circonstances...

On peut d’ailleurs imaginer que l’idée du mocassin, chaussure aux origines américaines (elles nous viennent des indiens Algonquins), fut inspirée par le voyage d’étude d’Eugène Blanchard aux Etats-Unis en 1904 qui lui inspira, entre autres, le fameux cousu Goodyear.
 
Souvent copié mais jamais égalé, le 180 va prendre véritablement son envol dans les années 1960 lorsque les minets des Drugstore (mis en chanson par Jacques Dutronc) vont s’emparer de ce soulier bourgeois, celui de leur père, pour le détourner en le portant avec des jeans ou des pantalons en toile et des chaussettes à losanges puisqu’au même moment, rappelons-le, c’est le début des chaussettes Burlington. C’est aussi à cette époque qu’il sera surnommé le « Janson » car adoré par les élèves de cette prestigieuse école parisienne.
 
Le mocassin Weston est une telle légende qu’il donnera lieu à de nombreuses… légendes urbaines ! Ainsi, par exemple, dans les années 80, les clients racontaient que pour éviter les vols, les paires étaient livrées en deux fois : une cargaison pour les pieds gauches et une cargaison pour les pieds droits !

Ce qui est totalement faux en plus d’être impossible puisque chaque paire de J.M. Weston est réalisée dans une seule et même peau, il est donc inimaginable qu’elles aient été séparées, dépareillées lors des livraisons… Mais toutes les stars ont des légendes qui leur collent à la peau.
 
A Limoges, une autre légende circule… Eugène Blanchard portait principalement des mocassins… Mais il avait le pied qui variait en fonction de son poids ! Pour autant, il voulait toujours porter la même taille de chaussures, un 8D a priori.
 
Pour le contenter, après tout, c’était lui le patron, les artisans masquaient les changements de ses pieds en jouant légèrement sur les tailles. On peut imaginer que c’est la raison pour laquelle, encore aujourd’hui, le mocassin chausse différemment et doit être choisi généralement avec une pointure plus petite...

​Les mocassins les plus…

- Le mocassin Weston le plus cher : 28.000 euros, il s’agissait d’une création d’Olivier Saillard finalisée par la maison Lesage.
- Le mocassin Weston le plus fou : un modèle tout en alligator sur quadruple semelles, également une création d’Olivier Saillard
- Le mocassin Weston le plus compliqué : c’est le Perforé, un modèle qui réunissait sur une seule paire, sur l’ensemble de sa tige, toutes les perforations de la maison. De plus, chaque référence de perforation était indiquée sur la chaussure ! Un travail démentiel.
 
Mais il existe un second modèle qui fut également très compliqué à concevoir… Il s’agissait du Retourné II, une paire de mocassins où la tige fut réalisée dans le cuir réservé généralement à la doublure, comme s’il le mocassin avait été totalement retourné. L’extérieur laissant apparaitre les coutures intérieures et le compostage.

Le 180 est probablement le soulier de chez J.M. Weston qui aura donné lieu aux plus nombreuses collaborations, de la toute première avec Jean-Charles de Castelbajac en 1994 à la plus récente avec le chasseur japonais Yohei Fukuda.
 
Deux collabs' particulièrement réussies ! La JCDC est un pur chef d’œuvre, certes pas simple à porter, mais un chef d’œuvre ! Malheureusement, ce modèle a été retiré du catalogue et des commandes spéciales. En espérant le revoir un jour. 

Si la plupart des collaborations et/ou éditions limitées ont été réussies, on compte tout de même quelques accidents de parcours comme le 180 matelassé de Charlie Casely Hayford qui est intéressant techniquement mais qui, esthétiquement était totalement raté. Il est d’ailleurs tombé, à raison, dans les limbes de l’oubli. 

Le 180 fait partie de « l’entrée de gamme » chez Weston (hors basket, modèles à semelles gomme ou autres blake). C’est même le « moins cher » de tous les classiques de la marque limougeaude (620 euros à ce jour), et pourtant, c’est l’un des plus compliqués à monter ; c’est même l’une des paires qui revient le plus cher à fabriquer !
 
En tout, le « 180 » demande dans les 180 opérations de prises en main. Il est disponible en cinq largeurs par demie pointure du 2 au 17 ; il s’agissait en l'occurrence d’une paire « immense » réalisée pour les pieds d’un célèbre basketteur ! Soit en tout, 98 pointures possibles.
 
A ce titre, il faut savoir que certains magasins ont jusqu’à 90 paires en stock par référence… Sachant qu’à chaque fois qu’une paire est vendue dans le système informatique, une paire identique (même taille, même couleur et même largeur) est relancée en production. 
 
Si le 180 est si compliqué à fabriquer, c’est que tous ses empiècements (6 au total*) se touchent. L’autre difficulté est son fameux plateau jointé (que l’on retrouve sur le Golf et le 4x4) : pour ce faire, il faut utiliser une machine à coudre « home made » qui n’existe qu’à la manufacture de Limoges.

En tout, du début à la fin du process, il faut compter environ deux mois pour finaliser une seule paire (avec des temps de pause bien évidemment) : façonnage, découpe (point important : les deux pieds sont toujours issus de la même peau), montage sur sa forme (41) en passant par la piqûre de la tige et la découpe de la semelle.
 
Sans oublier le fameux bichonnage JMW qui précède la mise en boite de la paire qui partira ensuite vers Paris, le Japon, le Maroc, la Suisse, la République du Congo (le mocassin est surnommée la « basse » dans ce pays d’Afrique), etc.
 
Le mocassin 180 de chez J.M. Weston reste le best-seller absolu de la manufacture de Limoges. Dans sa version noire. Et de très loin. C’est en principe la première paire de Weston que l’on s’offre -la majorité des nouveaux clients « entrent » chez Weston par le biais du mocassin noir, il faut le savoir-, celle qui démarrera cette relation si particulière que les amateurs de souliers entretiennent avec la marque.

Et pourtant, c’est aussi le plus compliqué à chausser. En effet, il s’agit de trouver le juste milieu pour ce chaussant si particulier : n’ayant pas de lacet, il doit être suffisamment « serré » pour ne pas s’échapper au niveau du talon tout en restant confortable.
 
C’est le propre de tous les mocassins me direz-vous, mais c’est encore plus vrai avec le 180 compte-tenu de sa semelle relativement rigide, mais si résistante à l’usure grâce au cuir Bastin** tanné par la tannerie éponyme située à Saint-Léonard-de-Noblat. Avec le Golf, c’est aussi le seul modèle de la manufacture limougeaude à être totalement mixte.
 
Généralement, le mocassin est la première paire d’une longue série et probablement celle que l’on portera le plus souvent.

Totalement transgénérationnel et polyvalent, le 180 se porte autant en costume qu’avec un vieux jean, aussi à l’aise avec un whipcord, un velours ou une flanelle épaisse qu’avec un chino voire même, avec un bermuda s’il est porté sans chaussette. Bref, il va avec tout ! Ou presque… On évitera tout de même le pantalon de survêtement !

Il est disponible en catalogue en de nombreuses versions du noir en box à l’alligator en passant par le bergeronnette, le terre d’ombre, le bleu, le vocalou (un cuir qui n’est pas totalement fixé ce qui permet une finition unique et qui évolue dans le temps), le lézard noir ou marron. Il existe en simple semelle et depuis quelques temps, en triple semelles (création O. Saillard) de même que sur une toute nouvelle semelle gomme.
 
C’est aussi l’une des paires les plus versatiles, l’une qui se prête le plus volontiers au MTO, au « made to order », à la « commande spéciale » : il permet en effet de jouer avec les couleurs et les matières voire avec les deux (sans oublier celles des doublures et des coutures !).
 
Il suffit de jeter un coup d’œil sur Google image pour découvrir les nombreuses créations de 180 originales : des alligators ou des lézards nubuckés, de l’autruche, des veaux velours de différentes couleurs, etc.

On peut d’ailleurs regretter que Weston ne propose pas à ses clients un catalogue des différentes réalisations qui permettrait de donner des pistes de création et de se faire une idée plus précise de votre future paire car il n’est pas toujours simple de projeter l’image de son futur 180 uniquement avec des échantillons de cuir vus en boutique… Un configurateur en ligne serait également un outil formidable !
 
En revanche, le cordovan et le requin ne sont plus disponibles au grand dam de certains amateurs. Le requin, on peut comprendre à la rigueur, en revanche le cordovan, c’est nettement moins cohérent… mais de nos jours, le politiquement correct règne dans tous les domaines. Et c’est bien dommage.
 
Alors que J.M. Weston met en avant depuis quelques temps son fameux cuir Bastin, celui dont sont fait les semelles et ses premières, on pourrait rêver à terme, d’un 180 réalisé dans ce cuir si haut de gamme et de toute beauté. Un mocassin qui aurait une souplesse incroyable et qui se patinerait avec le temps en fonction de votre style de vie… Mais ceci est une autre histoire.

Jean-Philippe Tarot

Détails de la référence à 12 chiffres du mocassin 180 noir pour homme :
41 pour sa forme (la même que le 4x4 d’ailleurs)
101 pour sa peausserie (en l’occurrence box noir)
180 pour son patronage
10 pour sa semelle (le 20 sert aux doubles semelles et le 30 aux triples. Le 90 en blake)
Et enfin, le chiffre pour la taille (la demie taille est symbolisée par le /) et la lettre pour la largeur.
 
*sauf pour les cuirs exotiques (alligator ou lézard) : 8 empiècements
** La tannerie Bastin appartient JM Weston


Les grandes étapes de fabrication du 180 en photo







Montres-de-luxe.com | Publié le 9 Janvier 2021 | Lu 28465 fois


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