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Jaeger-LeCoultre : interview de Daniel Riedo, un Genevois chaleureux


Située à une petite heure de Genève, la Vallée de Joux semble être à une éternité tant la rupture est brutale entre cette vallée isolée et le cosmopolitisme de Genève. Installée au Sentier depuis 1833, Jaeger-LeCoultre, appelée familièrement la Grande Maison, est le symbole de l’horlogerie dans la vallée. Rencontre avec son PDG, Daniel Riedo, un Genevois chaleureux.



Avec ses 1.300 employés dont 240 horlogers, Jaeger-LeCoultre n’est pas ce qu’on appelle une marque de niche. Une production importante et plus de 200 références en catalogue, c’est JLC. Ce qui n’interdit pas à la manufacture de concevoir des modèles à très grandes complications comme la Sphérotourbillon Duomètre Moon et de posséder avec le calibre 101, le plus petit mouvement produit au monde.
 
Bien sûr, lorsqu’on évoque Jaeger-LeCoultre, on pense spontanément à la célèbre Reverso. Modèle phare à l’origine du renouveau de la marque qui représentait, en 2013, 40% de ses ventes. Pour les amateurs français, il s’agit souvent du premier pas vers l’horlogerie de luxe. Aujourd’hui, à un moment où JLC élargit son offre d’accès à des montres rondes particulièrement séduisantes, il était important de demander à Daniel Riedo, son PDG, de nous présenter sa vision de la marque. A la tête de Jaeger-LeCoultre depuis juillet 2013, après douze ans chez Rolex, il connaît parfaitement la problématique du luxe liée à de gros volumes.
 
Joël Chassaing-Cuvillier : vous avez annoncé récemment une croissance supérieure à 5%. C’est un chiffre qui concerne le volume de production ou le chiffre d’affaires ?
Daniel Riedo : disons que nous sommes entre 0 et 10 qu’il s’agisse de la production ou du CA, mais ce ne sont pas les mêmes chiffres. Le marché est en grande mouvance et nous sommes privilégiés d’avoir une croissance disons… intéressante ! Il s’agit néanmoins d’une croissance à un chiffre.
 
J.C-C : Jaeger-LeCoultre va augmenter ses capacités de production, plus clairement quels sont vos objectifs ?
D.R. : Nous faisons cette augmentation pour deux raisons. Tout d’abord, le marché nous demande toujours plus de produits, ensuite nous avons une part d’internalisation très élevée. Comme nous ne sous-traitons pas, nous sommes obligés d’accroître notre outil de production pour suivre cette demande. Quant aux objectifs, nous n’en avons pas hormis celui de satisfaire nos clients. Mais néanmoins, je peux vous dire que les marques du groupe Richemont ont une autonomie très importante. 

J.C-C : est-ce qu’actuellement votre production intègre également le spiral et les organes réglant ?
D.R. : tous nos calibres sont produits en interne à l’exception d’une petite proportion de mouvements à quartz qui représente entre 2 et 3% de nos ventes. Nous fabriquons tous nos organes réglant mais bien sûr, nous ne produisons pas notre fil de spiral nous-mêmes. Il y a dans le groupe une maison qui le fait pour nous. Néanmoins, nous plions nous-mêmes nos spiraux. Quant au fil et à son matériau, il est commun à toute l’industrie horlogère. Ce sont des matériaux qui sont tombés dans le domaine public et ne sont plus protégés aujourd’hui. Quant aux balanciers, ils sont également produits chez nous. Il faut souligner que beaucoup de maisons achètent leurs organes réglant chez des sous-traitants.
 
J.C-C : le nouveau bâtiment de 1000m2 prévu pour votre département R&D sera-t-il dédié à une recherche sur les matériaux ou pour la conception de calibres ?
D.R. : Ce bâtiment sera dédié  aux équipes de développement produits, à la formation des horlogers externes ainsi qu’aux masterclass.
 
J.C-C : est-ce que la R&D inclut le développement de nouveaux matériaux ?
D.R. :
cela part de la recherche fondamentale jusqu’au dessin des nouveaux calibres que nous créons chaque année. Cela représente à la fois le développement technologique d’un matériau et la conception d’un mouvement. Le développement d’un matériau reste néanmoins peu fréquent. Les effectifs de la RDI (Recherche Développement Industrialisation) représentent pour l’instant 130 personnes soit 13% de notre personnel de production.
 
J.C-C : en abandonnant le partenariat avec Aston Martin, et par conséquent la collection liée à ce partenariat, allez-vous utiliser dans d’autres gammes les solutions techniques créées pour ces modèles ?
D.R. :
très clairement oui. Nous utiliserons ce savoir et cet héritage de dix ans de partenariat pour concevoir d’autres pièces. Nous conserverons le principe du chronographe à bascule qui est un développement Jaeger-LeCoultre.
 
J.C-C : est-ce qu’il sera possible de l’utiliser pour une collection existante ou devrez-vous créer une nouvelle collection ?
D.R :
il sera possible de l’utiliser sur une pièce que l’on intègrera dans la collection Extrêmes Sport. Mais nous ne ferons pas une collection à partir d’un seul calibre. Il s’agit d’un calibre très particulier sans poussoir qui s’adresse à une clientèle très ciblée. Sa conception à « bascule » exige un lien particulier avec la boîte. Il conditionne un design et une taille de boîte d’un diamètre de 44mm au minimum. Le partenariat avec Aston Martin ne portait que sur le design. Seul le transpondeur appartenait à Aston.
 
J.C-C. : vous auriez pu l’intégrer à une montre connectée ?
D.R :
la montre connectée n’est pas du tout notre cible. Nous n’avons pas les compétences et nous n’avons pas aujourd’hui de partenariat ouvert avec quiconque qui soit capable de les créer.

Jaeger-LeCoultre : interview de Daniel Riedo, un Genevois chaleureux
J.C-C. : allez-vous continuer à proposer des modèles équipés de mouvements à quartz ?
D.R. :
oui pour l’instant, nous avons encore en entrée de gamme la petite Reverso dame en acier qui est proposée à 3.700 euros ht. Néanmoins je pense à moyen terme abandonner ce calibre quartz pour mettre un calibre manuel. Le quartz est demandé par 50% de nos clientes.
 
J.C-C. : votre nouvelle collection Geophysic, qui porte à sept vos lignes de produits, est une montée en gamme de la marque ?
D.R.
: Oui et non, en fait je la positionne comme une pièce ronde entre la Master Control qui est notre entrée de prix en modèle rond et la Duomètre qui est beaucoup plus chère. Il ne faut pas oublier que la Geophysic est une pièce à complication avec un mouvement totalement nouveau.
 
J.C-C. : est-ce que vous ouvrir vers le créneau 2.000/4.000 euros vous semble possible ?
D.R. :
4.000 euros nous avons déjà, 2.000 ce n’est pas possible. Nous n’avons pas de production de masse et ce n’est pas notre positionnement. Nous avons 80 calibres en catalogue et 55 en production, cela implique de petites séries et oblige un niveau de prix. C’est la richesse de la marque. A l’inverse de l’automobile, nous cherchons toujours à avoir une montre et un mouvement qui soient liés à une fonction dédiée à la montre.
 
Il arrive que certains soient des modules. Pour d’autres comme le Gyro3 et le mouvement à bascule c’est impossible. Néanmoins, nous avons des calibres évolutifs qui se prêtent mieux à l’utilisation de modules. Certains sont conçus de manière modulaire à l’instar de la nouvelle Géophysic. Dans le futur, elle pourra recevoir d’autres complications comme un quantième annuel. Ce nouveau calibre 770 a été développé en trois ans et la production en huit mois.
 
J.C-C. : à propos de la Géophysic, deux modèles, n’est-ce pas un peu court comme proposition initiale pour une nouvelle collection, et le prix d’accès n’est-il pas un peu élevé pour une trois aiguilles en acier ?
D.R. :
je pense que c’est suffisant pour l’instant, mais il est clair que nous travaillons déjà sur les modèles suivants. Sachant que chaque modèle générera un nouveau calibre, il faut être patient. Nous travaillons aussi sur d’autres gammes. Sans oublier cette année l’anniversaire de la Reverso  !
 
J.C-C. : pendant longtemps la Reverso a été, notamment en France, la locomotive de la marque, quelle est aujourd’hui la répartition des différentes collections ?
D.R. :
en France la proportion de Reverso  vendue est un peu en dessous de 40%. C’est encore un des modèles phares du marché français. Nous le déployons également fortement sur les marchés asiatiques. Mais nous allons aussi simplifier cette gamme. Actuellement riche d’une cinquantaine de références, nous allons nous recentrer vers une gamme plus classique, redessinée avec un berceau incurvé. Nous aurons trois tailles et deux modèles à simple face ou double face. Et bien sûr, deux matériaux. Les simples faces seront uniquement en acier, l’or étant réservé aux doubles faces. Les médiums et les larges recevant un mouvement automatique. L’icône sera tout autant préservé que lorsque Porsche a fait évoluer sa 911. 
 
J.C-C. : pourquoi ne pas offrir une garantie de 5 ans  sur vos produits comme Rolex le pratique depuis peu ?
D.R. :
c’est une question qui est à l’étude pour nous.
 
Propos recueillis par Joël Chassaing-Cuvillier

Montres-de-luxe.com | Publié le 18 Janvier 2016 | Lu 4778 fois



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