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Jacques Marie Mage : quand la lunette devient objet de design


Par | Publié le 28/08/2026 à 02:00 | mis à jour le 27/08/2026 à 03:54

Dans un univers de la lunetterie haut de gamme longtemps dominé par les grandes maisons et les productions en série, Jacques Marie Mage (JMM) occupe une position singulière. Fondée à Los Angeles en 2014 par le designer français Jérôme Jacques Marie Mage, la marque a construit son identité autour d'une approche très reconnaissable de la monture : volumes affirmés, acétates travaillés en profondeur, détails métalliques soignés et références assumées à différentes figures de la culture et du design. Sans compter une certaine rareté qui attise les convoitises !


Une esthétique fondée sur le volume

La première caractéristique de Jacques Marie Mage est probablement sa volonté de donner de la matière à la monture.
 
En effet, la maison privilégie des plaques d'acétate relativement épaisses, permettant de travailler les formes dans leur épaisseur et de créer des profils particulièrement présents.
 
Le principe est simple, mais son exécution demande davantage de travail qu'une monture standard : les surfaces sont sculptées, les arêtes travaillées et les biseaux polis afin de créer des jeux de lumière sur l'acétate.
 
Le volume n'est donc pas seulement une question d'épaisseur ; il participe directement au dessin de la monture.
 
Cette approche explique en partie la physionomie très reconnaissable des lunettes JMM. Les formes sont souvent généreuses, parfois anguleuses, avec une construction qui privilégie la présence plutôt que la discrétion.
 
L'inspiration vient quant à elle de sources très diverses : personnalités historiques, musique, cinéma (Stanley Kubrick par exemple), design, architecture ou encore culture américaine. Chaque modèle s'inscrit ainsi dans un univers esthétique qui dépasse la seule fonction de la lunette.

​Une création californienne mais une fabrication japonaise

Si Jacques Marie Mage est née à Los Angeles, une partie essentielle de son identité repose sur son choix de faire fabriquer ses montures au Japon (grand pays de la lunetterie en plus de l’horlogerie).
 
La maison travaille notamment avec des fabricants spécialisés de la région de Sabae, dans la préfecture de Fukui, considérée comme l'un des grands centres historiques de la lunetterie japonaise.
 
La région possède une longue tradition dans le travail de l'acétate de cellulose, du titane et des composants destinés à la lunetterie.
 
Cette organisation permet à JMM de dissocier clairement la création de la fabrication : Los Angeles pour la direction artistique et le design et le Japon pour une production faisant appel à des savoir-faire spécialisés.
 
Comme on peut l’imaginer, la réalisation d'une monture passe par de nombreuses étapes successives, dont certaines restent effectuées manuellement. Découpe, façonnage, ajustage, polissage et montage participent à la finition finale de la pièce.
 
Le polissage occupe notamment une place importante. L'acétate doit être progressivement travaillé afin d'obtenir la profondeur et la brillance caractéristiques des montures de la maison.
 
Certaines opérations peuvent être réalisées avec des techniques traditionnelles de polissage, notamment à l'aide de tonneaux et de matériaux destinés à travailler progressivement les surfaces.

​Des détails qui ne sont pas seulement décoratifs

JMM accorde également une attention particulière aux éléments métalliques de ses montures.
 
Les rivets, charnières et autres composants sont intégrés au dessin plutôt que considérés comme de simples éléments fonctionnels et additifs. Les fameux rivets en forme de pointe de flèche, devenus l'un des signes distinctifs de la marque, participent ainsi à son identité visuelle (« ceux qui savent, savent »).
 
Sur certaines références, les branches peuvent également recevoir des armatures métalliques ou des éléments décoratifs visibles à travers l'acétate.
 
C'est précisément cette accumulation de détails qui donne aux montures leur caractère. La lunette est pensée comme un ensemble cohérent dans lequel la matière, la géométrie et les composants métalliques doivent fonctionner ensemble.

​La logique de la petite série

Autre particularité de Jacques Marie Mage : la production repose largement sur des séries limitées.
 
Les différentes références et leurs déclinaisons de couleurs ne sont pas nécessairement produites en grandes quantités. Cette stratégie permet à la maison de conserver une certaine exclusivité autour de ses modèles et de renouveler régulièrement son catalogue.
 
Pour les amateurs, cette logique présente un intérêt supplémentaire : certaines combinaisons de formes et de coloris disparaissent une fois leur production terminée (ce que l’on retrouve de plus en plus dans le luxe ces dernières années).
 
Toutes ne deviennent évidemment pas des pièces de collection pour autant, mais cette production en petites séries contribue à créer une dynamique différente de celle d'une lunetterie produite à grande échelle.
 
La rareté participe ainsi au positionnement de la marque, sans constituer à elle seule la valeur d'une monture.

​Entre design et artisanat

Le succès de Jacques Marie Mage repose finalement sur la rencontre de plusieurs cultures.
 
La marque puise une partie de son identité dans l'imaginaire américain et dans une certaine tradition du design californien, tout en s'appuyant sur un savoir-faire japonais particulièrement développé dans le domaine de la lunetterie.
 
Cette combinaison permet à JMM de proposer une vision assez éloignée de celle d'une simple marque de lunettes de luxe. Le logo y occupe une place secondaire ; ce sont davantage la forme, l'acétate, les proportions et les détails de fabrication qui permettent d'identifier une monture.
 
Dans un secteur où la lunette est souvent considérée comme un accessoire de mode, Jacques Marie Mage défend donc une autre approche : celle d'un objet de design fabriqué en petite série, dont l'intérêt tient autant à son dessin qu'au travail nécessaire pour lui donner sa forme définitive.
 
Une philosophie qui explique sans doute pourquoi la marque trouve aujourd'hui sa place dans l'univers plus large de l'élégance masculine et des objets que l'on choisit moins pour afficher un statut que pour leur personnalité, leur construction et leur capacité à traverser les modes.

​Jérôme Mage, le créateur derrière le nom

Originaires de Clermont-Ferrand en Auvergne, Jérôme Jacques Marie Mage grandit en France avant de s'installer en Californie à l'âge de 20 ans.
 
Designer passionné et collectionneur compulsif d'objets anciens -allant des uniformes napoléoniens aux voitures de sport vintage-, il parfait d'abord ses armes pendant plus de vingt ans dans le design de produits d'action sports et d'optique à San Diego et Los Angeles. 
 
En 2014, animé par le désaccord face à la production industrielle de masse qu'il juge standardisée, il fonde sa propre maison sous son nom complet : Jacques Marie Mage.
 
Depuis son studio de Los Angeles, ce styliste au profil discret insuffle dans chaque monture un mélange de culture américaine (cinéma, Histoire, Far West) et d'artisanat d'art, faisant de lui l'une des figures indépendantes les plus respectées de l'optique contemporaine. 



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