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LEGARE : une nouvelle maison suisse à la recherche des chemins oubliés de l'horlogerie


Par | Publié le 26/08/2026 à 05:18 | mis à jour le 26/08/2026 à 05:33

Fondée par le journaliste horloger Wei Koh et Guillaume Tetu, professionnel de l’horlogerie, LEGARE fait ses débuts avec une approche singulière : partir d’inventions ou de créations horlogères oubliées et imaginer ce qu’elles auraient pu devenir si leur développement s’était poursuivi aujourd’hui. Pour son premier chapitre, la jeune maison neuchâteloise s’intéresse à une étonnante montre de poche à double balancier réalisée en 1932 par Albert-Gustave Piguet.



Il existe de nombreuses façons de lancer une nouvelle marque horlogère...

LEGARE a choisi une voie relativement peu commune : celle de regarder dans le passé non pas pour reproduire des montres historiques, mais pour explorer les possibilités qui n’ont finalement jamais été développées.
 
Une sorte d’uchronie horlogère…
 
Fondée en 2024 à La Chaux-de-Fonds par Wei Koh et Guillaume Tetu, LEGARE se présente ainsi comme une maison horlogère suisse indépendante consacrée à la « réalisation contemporaine de possibilités horlogères oubliées ».
 
Son nom vient du latin legare, que la marque traduit par « transmettre en héritage ». Une philosophie résumée par une formule : « À la recherche du temps perdu ». Dont acte.

​Albert-Gustave Piguet comme point de départ

Pour son premier projet, LEGARE s’est penchée sur un épisode relativement méconnu de la carrière d’Albert-Gustave Piguet.
 
Le nom de cet horloger est notamment associé à Lemania et au développement du célèbre calibre 2310, l’un des mouvements les plus importants de l’histoire de l’horlogerie suisse. Mais son parcours avait commencé beaucoup plus tôt.
 
En 1932, alors âgé de seulement 17 ans et étudiant à l’École d’horlogerie de la Vallée de Joux, Albert-Gustave Piguet réalisa une montre de poche équipée de deux grands balanciers bimétalliques couplés, dont les marches étaient moyennées par l'intermédiaire d'un différentiel.
 
Six exemplaires seulement auraient été réalisés entre 1932 et 1934, dans trois tailles de mouvements.
 
C’est cette architecture qui a retenu l’attention de LEGARE. Et la question posée par les fondateurs est finalement assez simple : que serait devenue cette idée si elle avait continué à être développée pendant les décennies suivantes ? La Chapter 1 AGP Inverted constitue leur réponse.

​Deux balanciers indépendants

La première création de LEGARE reprend donc le principe des deux organes réglants, mais dans une architecture entièrement contemporaine.
 
Le mouvement a été inversé, de manière à placer les deux balanciers côté cadran. Ils oscillent indépendamment à une fréquence de 21 600 alternances par heure. Leurs marches sont ensuite réunies par un différentiel qui en établit la moyenne avant de transmettre cette information au rouage des aiguilles.
 
La distinction avec une montre à résonance est importante. Les deux balanciers de la Chapter 1 AGP Inverted ne cherchent pas à se synchroniser entre eux comme chez F.P.Journe par exemple. Ils restent indépendants, le différentiel jouant ici le rôle de médiateur mécanique.
 
Afin de conserver une architecture relativement compacte, LEGARE indique avoir recours à des échappements à ancre inclinés latéralement, une construction que l’on rencontre plus habituellement dans certaines architectures de tourbillon.
 
Le résultat est particulièrement visible sur la face avant de la montre. Deux plaques polies miroir intégrées à la platine permettent d'observer une partie du mécanisme, notamment l’interaction entre les échappements et le différentiel.

​Une boîte de 37,5 mm en titane

Cette architecture mécanique inhabituelle est installée dans un boîtier en titane Grade 5 de 37,5 mm de diamètre (étanche à 50 mètres) pour 9,95 mm d’épaisseur.
 
LEGARE a retenu une esthétique qui évoque par certains détails l’architecture des années 1930 et 1940, tout en adoptant une construction beaucoup plus contemporaine (on reconnait là, les goûts pointus des deux fondateurs de la marque).
 
La boîte présente notamment une lunette à plusieurs niveaux, des flancs surélevés et des cornes aux arêtes assez marquées. Les chanfreins concaves constituent l’une des particularités de cette construction et participent à la complexité des surfaces du boîtier.

​Le calibre LC1-AGP01

Ce dernier dispose d’une réserve de marche supérieure à 50 heures, de 34 rubis et affiche les heures, les minutes ainsi que les secondes à 6h. Les aiguilles sont réalisées en acier bleui et polies miroir.
 
Une production suisse répartie autour de Neuchâtel ; LEGARE revendique une réalisation entièrement suisse.
 
La jeune maison s’appuie pour cela sur un réseau de spécialistes installés dans un rayon d’environ 100 kilomètres autour de Neuchâtel.
 
Le mouvement est fabriqué par PURTEC, au sein du TEC Group. Le boîtier et la boucle sont usinés par UM2, puis terminés par Polissage des Franches-Montagnes. Les cadrans sont produits par FABRIKA, les composants en saphir par SEBAL, tandis que les aiguilles sont réalisées par WAEBER HMS.
 
Le développement du produit, l’approvisionnement, l’assemblage final et le contrôle qualité sont coordonnés par GLS2F, à La Chaux-de-Fonds.
 
Cette organisation est intéressante car elle illustre une réalité assez caractéristique de la haute horlogerie indépendante contemporaine : une marque peut aujourd’hui concevoir et piloter un projet complexe en s’appuyant sur un réseau de spécialistes plutôt que de chercher à tout réaliser en interne.

​Elegant ou Darth

La Chapter 1 AGP Inverted est proposée en deux versions.
 
La première, baptisée Elegant, conserve l’aspect naturel du maillechort non traité, avec une finition qui privilégie une lecture relativement classique du mouvement.
 
La seconde, baptisée Darth, adopte une finition en rhodium noir qui donne à l’ensemble une apparence beaucoup plus sombre.
 
Chacune des deux exécutions est limitée à 25 exemplaires numérotés individuellement, soit une production totale de 50 montres. Le prix annoncé est de 81 944 CHF hors taxes.

​LEGARE, une marque construite autour de l’uchronie horlogère

Au-delà de cette première montre, c’est surtout la philosophie de LEGARE qui mérite d’être observée.
 
La maison explique vouloir consacrer chacun de ses « chapitres » à une réalisation, une invention ou une idée horlogère dont l’histoire n’aurait pas été complètement racontée.
 
L’objectif n’est donc pas de fabriquer une réédition historique. LEGARE entend plutôt imaginer le développement qu’aurait pu connaître une invention si son évolution n’avait jamais été interrompue.
 
Cette démarche donne à la marque une identité assez différente de celle de nombreuses jeunes maisons indépendantes, généralement construites autour d’un nouveau mouvement, d’une complication ou d’une esthétique particulière.
 
Ici, le point de départ est historique, mais le résultat se veut résolument contemporain.
 
Et le choix d’Albert-Gustave Piguet pour ouvrir cette aventure n’est pas anodin. Sa montre de poche de 1932 constitue précisément le genre de création qui correspond à la philosophie de LEGARE : une idée techniquement ambitieuse, réalisée en très petite quantité, puis restée largement dans l’ombre de la suite de la carrière de son créateur.
 
La Chapter 1 AGP Inverted ne prétend donc pas ressusciter cette montre de poche. Elle propose plutôt une uchronie mécanique, une interprétation de ce qu’aurait pu devenir son architecture près d’un siècle plus tard.
 
Il faudra naturellement attendre les prochains chapitres pour savoir si cette démarche peut véritablement constituer une identité durable pour la jeune maison. Pour l’heure, LEGARE commence avec un projet particulièrement spécialisé, destiné à un public de collectionneurs déjà très familier de l’histoire de la mécanique horlogère.
 
Une entrée en matière qui, à défaut de chercher la facilité, a au moins le mérite de savoir précisément où elle veut emmener le regard.