Le collectionneur prononce cette phrase avec sincérité. Une vraie. La main sur le cœur, parfois même devant témoin. Il y croit lui-même (probablement) très fort.
Il faut dire que la montre en question qu’il vient de trouver sur Chrono24 ou chez son détaillant préféré coche toutes les cases. La graal, que dis-je, la pièce ultime !
Celle qui “boucle la collection” et son coffret de vingt montres qu’il s’est offert sur le web pour ranger ses « belles ». Celle qui donne enfin un sens à toutes les précédentes.
Ce n’est pas un achat finalement, c’est une consécration, un aboutissement. Presque une conclusion philosophique.
Ses proches respirent. Sa femme à qui il explique depuis des années que c’est un investissement mais aussi son banquier.
Pendant quelques jours -parfois quelques semaines, voire quelques mois- la paix horlogère règne dans le foyer. Chrono24 n’est plus observé frénétiquement tous les matins.
Le collectionneur poste ses wristshots (ça, quand même, ça reste et puis ça ne fait de mal à personne), redécouvre le plaisir simple de regarder l’heure, explique doctement pourquoi cette fois, c’est différent. Il ne regarde plus les annonces. Il ne traîne plus sur les forums. Il est guéri.
Puis un jour, sans prévenir, surgit une phrase dangereuse : « Tu as vu la nouvelle… ? ». Ce n’est pas vraiment une tentation, non. Juste de la curiosité. De la culture horlogère. Une sorte de veille technologique anodine sans fondement.
Après tout, on peut aimer la musique sans acheter tous les vinyles.
Et puis il y a l’exception.
Parce que “celle-là”, ce n’est pas pareil.
Parce que c’est une opportunité.
Parce que c’est une édition limitée.
Parce que c’est historiquement important.
Parce que le prix est indécent (dans le bon sens).
Alors la phrase revient, légèrement modifiée : « Bon… celle-là, et après j’arrête. Promis. De toute façon il n'y a plus rien qui m'intéresse ».
La vérité, c’est que le collectionneur ne (se) ment pas. Il vit simplement dans une sorte de présent perpétuel, où chaque montre est la dernière… Jusqu’à la suivante.
Ce n’est pas une addiction, c’est une histoire d’amour sérielle. Passionnée. Raisonnée dans l’instant, déraisonnable sur la durée. Et au fond, heureusement.
Parce qu’un collectionneur qui achète vraiment sa dernière montre… C’est surtout quelqu’un qui a arrêté de rêver. Et ça, franchement, ce serait bien plus grave qu’un tiroir ou un coffre-fort trop plein de tocantes !
Jean-Philippe Tarot
Il faut dire que la montre en question qu’il vient de trouver sur Chrono24 ou chez son détaillant préféré coche toutes les cases. La graal, que dis-je, la pièce ultime !
Celle qui “boucle la collection” et son coffret de vingt montres qu’il s’est offert sur le web pour ranger ses « belles ». Celle qui donne enfin un sens à toutes les précédentes.
Ce n’est pas un achat finalement, c’est une consécration, un aboutissement. Presque une conclusion philosophique.
Ses proches respirent. Sa femme à qui il explique depuis des années que c’est un investissement mais aussi son banquier.
Pendant quelques jours -parfois quelques semaines, voire quelques mois- la paix horlogère règne dans le foyer. Chrono24 n’est plus observé frénétiquement tous les matins.
Le collectionneur poste ses wristshots (ça, quand même, ça reste et puis ça ne fait de mal à personne), redécouvre le plaisir simple de regarder l’heure, explique doctement pourquoi cette fois, c’est différent. Il ne regarde plus les annonces. Il ne traîne plus sur les forums. Il est guéri.
Puis un jour, sans prévenir, surgit une phrase dangereuse : « Tu as vu la nouvelle… ? ». Ce n’est pas vraiment une tentation, non. Juste de la curiosité. De la culture horlogère. Une sorte de veille technologique anodine sans fondement.
Après tout, on peut aimer la musique sans acheter tous les vinyles.
Et puis il y a l’exception.
Parce que “celle-là”, ce n’est pas pareil.
Parce que c’est une opportunité.
Parce que c’est une édition limitée.
Parce que c’est historiquement important.
Parce que le prix est indécent (dans le bon sens).
Alors la phrase revient, légèrement modifiée : « Bon… celle-là, et après j’arrête. Promis. De toute façon il n'y a plus rien qui m'intéresse ».
La vérité, c’est que le collectionneur ne (se) ment pas. Il vit simplement dans une sorte de présent perpétuel, où chaque montre est la dernière… Jusqu’à la suivante.
Ce n’est pas une addiction, c’est une histoire d’amour sérielle. Passionnée. Raisonnée dans l’instant, déraisonnable sur la durée. Et au fond, heureusement.
Parce qu’un collectionneur qui achète vraiment sa dernière montre… C’est surtout quelqu’un qui a arrêté de rêver. Et ça, franchement, ce serait bien plus grave qu’un tiroir ou un coffre-fort trop plein de tocantes !
Jean-Philippe Tarot







