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Rattrapante ou Split Second : quand les mots divisent le temps


Par | Publié le 06/07/2026 à 01:00 | mis à jour le 03/07/2026 à 05:58

Tous les ans, Guido Terreni, voyage autour du monde pour présenter les nouveautés de la manufacture Parmigiani Fleurier. La semaine dernière à Singapour, alors qu’il revenait sur certaines de complications « phare » de la collection PF, il remarqua fort justement qu’en français le fonction rattrapante rattrape alors qu’en anglais (split second)… Elle divise !



Le français, langue officielle de l’horlogerie

On considère que le français est la langue officielle et historique de l’horlogerie traditionnelle.
 
Pourquoi ? Car l'horlogerie moderne est née et s'est développée principalement dans l'arc jurassien, entre la France et surtout la Suisse romande (Genève, Neuchâtel, Vallée de Joux, Le Locle, La Chaux-de-Fonds).
 
Dans ce contexte, pendant plusieurs siècles, les innovations, les écoles, les manufactures et la littérature technique étaient majoritairement francophones. C'est pourquoi une grande partie du vocabulaire horloger international est d'origine française : échappement, tourbillon, balancier, roue d'ancre, quantième, réserve de marche, grande sonnerie, répétition minutes, etc.
 
Même les manufactures allemandes, japonaises ou chinoises utilisent souvent ces termes en français ou des traductions directement inspirées du français. Et parmi ces complications… La rattrapante.

​De la divergence linguistique entre le français et l’anglais

Comme le fait fort justement remarqué Guido Terrini, patron polyglotte de Parmigiani Fleurier, la divergence linguistique entre le français et l'anglais pour cette complication horlogère racontent exactement ce qu'elle fait, mais sous deux angles totalement différents.
 
En français, le terme « rattrapante » se concentre sur l'action de la deuxième aiguille qui, après avoir été stoppée pour lire un temps intermédiaire, "saute" d'un coup pour rejoindre (rattraper) la première aiguille qui continuait sa course. C'est une vision dynamique, un mouvement de rattrapage mécanique.
 
En anglais, on emploie « split second » (que l’on pourrait traduire par « seconde divisée ») avec une approche purement fonctionnelle et temporelle. On ne regarde pas le mouvement de l'aiguille qui court, mais l'action de diviser le temps à un instant « T » pour isoler une fraction de seconde.
 
Bref, quand le français nomme le mouvement (avec l’idée de rattrapage, de convergence), l'anglais évoque plutôt une rupture (l'arrêt du temps, sa séparation). En quelques sorte, deux points de vue radicalement opposés !

​La rattrapante en quelques mots

Pour rappel, le chronographe à rattrapante fut longtemps considéré par les connaisseurs comme le « nec plus ultra » des chronographes. Comme étant le plus compliqué à fabriquer !

La raison d'être du chronographe à rattrapante est de mesurer simultanément des temps intermédiaires, une fonction qui était particulièrement recherchée dans le monde du chronométrage sportif.
 
Dans la pratique, elle permet de séparer la trotteuse de chronographe centrale en deux et autorise ainsi la mesure de deux événements qui démarrent en même temps. A tout instant, le même poussoir réunit les deux aiguilles en les faisant se rattraper.
 
On attribue généralement son invention à Joseph Thaddaeus Winnerl en 1838 qui créa le premier mécanisme à rattrapante doté de deux aiguilles des secondes superposées.

​Parmigiani Fleurier et l’art de la rattrapante

PF propose aujourd'hui dans son catalogue Tonda PF, trois expressions très distinctes de la fonction rattrapante.
 
En effet, la manufacture fleurisane a brillamment détourné le principe mécanique traditionnel de la rattrapante pour créer des complications dites de "confort" ou "à la demande", épurant le cadran lorsqu'elles ne sont pas utilisées. 
 
La Tonda PF GMT Rattrapante   
Lancée en 2022, cette pièce réinvente la montre de voyage. Le cadran affiche une seule aiguille des heures en or blanc (heure locale).

En pressant le poussoir à 8h, l'aiguille supérieure avance d'une heure pour indiquer le fuseau de voyage, dévoilant une aiguille inférieure en or rose qui reste sur l'heure de référence (le domicile).

Une pression sur le poussoir intégré à la couronne (à 3h) fait instantanément "rattraper" l'aiguille supérieure sur celle du dessous, dissimulant à nouveau l'aiguille GMT. 
 
La Tonda PF Minute Rattrapante
Présentée en 2023, elle applique le même principe mais à l'échelle des minutes, remplaçant esthétiquement l'utilité d'une lunette tournante de plongée. Deux aiguilles des minutes sont superposées.

Les poussoirs à 8h et 10h permettent de faire bondir l'aiguille en or rose cachée par incréments de 1 ou 5 minutes.

À la fin de la mesure (par exemple pour chronométrer un rdv), le poussoir de couronne fait revenir l'aiguille dédiée à sa place, redonnant au cadran sa pureté originelle. 
 
La Tonda PF Chronographe Mystérieux
Avec cette montre présentée à Watches & Wonders 2026, la marque repousse encore plus loin son concept de « complication invisible ».
 
Ici, le principe de la superposition parfaite des aiguilles est poussé à l'extrême pour préserver la pureté absolue du cadran au repos. La montre ressemble à une Tonda PF classique à trois aiguilles (heures, minutes, secondes courantes). Il n'y a aucun sous-cadran ni totalisateur traditionnel pour fragmenter l'espace. 
 
Mais en réalité, cette montre est dotée de cinq aiguilles coaxiales. Lorsque l'on presse le mono-poussoir (discrètement positionné à 7h30) :
1ère pression : les aiguilles dédiées au chronographe (heures, minutes, secondes) se désalignent instantanément et commencent à mesurer le temps écoulé en utilisant l'intégralité du cadran principal. 
 
2ème pression : la mesure s'arrête, figeant le temps chronométré de manière très lisible. 
 
3ème pression : lors de la remise à zéro, les aiguilles du chronographe se réalignent parfaitement sous les aiguilles horaires courantes et redeviennent instantanément invisibles. 
 
Pour orchestrer cette chorégraphie sans perturber la marche du temps, la manufacture a développé un tout nouveau mouvement intégré de 362 composants.

Ce calibre intègre une architecture inédite qui combine un embrayage vertical et deux embrayages horizontaux (un triple embrayage synchronisé) pour gérer l'affichage à la demande et la mémoire mécanique du chronographe. 
 
Une magnifique proposition pour ceux qui aiment la fonction du chronographe mais regrettent parfois que les compteurs viennent surcharger le minimalisme propre à la ligne Tonda PF.