Lorsque Chaumet reprend Breguet
En 1970, la maison Breguet change de propriétaire et passe entre les mains des frères Chaumet, héritiers de la célèbre maison de joaillerie parisienne.
Breguet indique elle-même que cette période marque une nouvelle orientation : la manufacture se consacre désormais à l’horlogerie de très haut de gamme et développe de nouvelles montres à complications renouant avec le style traditionnel de la maison. Dont acte.
Cette renaissance sera toutefois progressive... Dans les premières années, les montres Breguet sont produites en petites séries et distribuées notamment à travers le réseau Chaumet.
Un article consacré à deux exemplaires particulièrement rares de cette période rapporte que certaines séries des années 1970 n’auraient compté qu’une vingtaine de montres. En 1975, François Bodet, alors jeune responsable de la boutique Chaumet de la place Vendôme, prend une place déterminante dans le développement de Breguet.
En 1976, un atelier est ouvert dans la Vallée de Joux. Le déplacement progressif de la production vers la Suisse accompagne la volonté de repositionner Breguet sur la haute horlogerie et les complications. Les prémices d’un retour sur le devant de la scène horlogère.
Breguet indique elle-même que cette période marque une nouvelle orientation : la manufacture se consacre désormais à l’horlogerie de très haut de gamme et développe de nouvelles montres à complications renouant avec le style traditionnel de la maison. Dont acte.
Cette renaissance sera toutefois progressive... Dans les premières années, les montres Breguet sont produites en petites séries et distribuées notamment à travers le réseau Chaumet.
Un article consacré à deux exemplaires particulièrement rares de cette période rapporte que certaines séries des années 1970 n’auraient compté qu’une vingtaine de montres. En 1975, François Bodet, alors jeune responsable de la boutique Chaumet de la place Vendôme, prend une place déterminante dans le développement de Breguet.
En 1976, un atelier est ouvert dans la Vallée de Joux. Le déplacement progressif de la production vers la Suisse accompagne la volonté de repositionner Breguet sur la haute horlogerie et les complications. Les prémices d’un retour sur le devant de la scène horlogère.
Des montres signées Breguet… et parfois Chaumet
C’est dans ce contexte qu’apparaissent quelques garde-temps particulièrement intéressants pour les collectionneurs : des montres sur lesquelles le nom de Chaumet accompagne celui de Breguet (on sait combien les collectionneurs aiment les doubles signatures !).
Il faut néanmoins faire une distinction essentielle. Une Breguet fabriquée pendant la période où Chaumet est propriétaire de la marque n’est pas automatiquement une « Breguet-Chaumet ». Certaines pièces ont simplement été commercialisées par le réseau Chaumet ; d’autres conservent la trace de cette relation sur leur écrin, leur bracelet ou leur boîtier.
Les véritables pièces doublement signées, elles, semblent être beaucoup plus rares.
Une montre de poche réalisée autour de 1981 constitue ainsi un témoignage particulièrement intéressant : elle porte la signature « Breguet-Chaumet » et a fait l’objet de recherches dans les archives de Breguet. D’autres exemplaires connus présentent la signature Chaumet sur le boîtier, tandis que le cadran demeure signé Breguet.
La rareté de ces associations est confirmée par les catalogues de ventes internationales. Phillips souligne ainsi, à propos d’une Breguet de 1982, qu’il est exceptionnel de rencontrer une montre portant les deux signatures et parle de découvertes particulièrement rares dans le domaine du néo-vintage.
Il faut néanmoins faire une distinction essentielle. Une Breguet fabriquée pendant la période où Chaumet est propriétaire de la marque n’est pas automatiquement une « Breguet-Chaumet ». Certaines pièces ont simplement été commercialisées par le réseau Chaumet ; d’autres conservent la trace de cette relation sur leur écrin, leur bracelet ou leur boîtier.
Les véritables pièces doublement signées, elles, semblent être beaucoup plus rares.
Une montre de poche réalisée autour de 1981 constitue ainsi un témoignage particulièrement intéressant : elle porte la signature « Breguet-Chaumet » et a fait l’objet de recherches dans les archives de Breguet. D’autres exemplaires connus présentent la signature Chaumet sur le boîtier, tandis que le cadran demeure signé Breguet.
La rareté de ces associations est confirmée par les catalogues de ventes internationales. Phillips souligne ainsi, à propos d’une Breguet de 1982, qu’il est exceptionnel de rencontrer une montre portant les deux signatures et parle de découvertes particulièrement rares dans le domaine du néo-vintage.
Une Breguet exceptionnelle au calendrier hégirien
Parmi les pièces connues, l’une des plus spectaculaires est une montre-bracelet en or blanc réalisée en 1982 (alors que l’horlogerie suisse reste encore particulièrement impactée par la crise du quartz). Son boîtier de 36,5 mm abrite un mouvement automatique et un calendrier hégirien associé à des chiffres arabes orientaux.
La montre, numérotée 187 pour le mouvement et 3349 pour le boîtier, est annoncée comme l’un des deux exemplaires connus. Elle a été adjugée CHF 247.650 chez Phillips.
La pièce est particulièrement révélatrice de l’ambition de Breguet durant ces années. Loin d’une simple production de montres classiques, la maison cherche alors à renouer avec le registre des complications et avec une clientèle internationale fortunée.
Le choix d’un calendrier islamique, exécuté dans une montre en or blanc avec bracelet intégré, témoigne de cette volonté d’ouvrir Breguet à de nouveaux marchés et à des commandes très particulières, ce qui a toujours été le cas de cet horloger qui a su très tôt dans son histoire, se tourner vers l’international (la Russie par exemple).
La montre, numérotée 187 pour le mouvement et 3349 pour le boîtier, est annoncée comme l’un des deux exemplaires connus. Elle a été adjugée CHF 247.650 chez Phillips.
La pièce est particulièrement révélatrice de l’ambition de Breguet durant ces années. Loin d’une simple production de montres classiques, la maison cherche alors à renouer avec le registre des complications et avec une clientèle internationale fortunée.
Le choix d’un calendrier islamique, exécuté dans une montre en or blanc avec bracelet intégré, témoigne de cette volonté d’ouvrir Breguet à de nouveaux marchés et à des commandes très particulières, ce qui a toujours été le cas de cet horloger qui a su très tôt dans son histoire, se tourner vers l’international (la Russie par exemple).
Le cas Hassan II, roi du Maroc
L’un des témoignages les plus extraordinaires de cette période est probablement la montre réalisée pour le roi Hassan II du Maroc vers 1985.
Il s’agit d’une pièce unique ou très probablement unique en or blanc, dotée d’un calendrier hégirien triple instantané. Son mouvement porte le numéro 504 et son boîtier le numéro 1677.
Le cadran et le mouvement sont signés Breguet et Chaumet. Les archives de Breguet, consultées par Christie's, confirment que la montre fut vendue à Hassan II le 23 décembre 1985 pour 500 000 francs français (une somme énorme à l’époque).
La montre possède une autre particularité remarquable : son bracelet en or blanc est signé… Audemars Piguet. D’après les recherches de Christie's dans les archives Breguet, il s’agissait d’un bracelet choisi par les frères Chaumet, qui étaient alors propriétaires de Breguet, mais également distributeurs d’Audemars Piguet et fournisseurs du roi du Maroc pour la joaillerie.
Cette pièce résume à elle seule tout un écosystème de la haute horlogerie des années 1980 : Breguet pour la montre et la complication, Chaumet pour la relation avec le client, Audemars Piguet pour le bracelet et, autour de cet ensemble, des artisans spécialisés parmi les plus réputés de l’époque.
Il s’agit d’une pièce unique ou très probablement unique en or blanc, dotée d’un calendrier hégirien triple instantané. Son mouvement porte le numéro 504 et son boîtier le numéro 1677.
Le cadran et le mouvement sont signés Breguet et Chaumet. Les archives de Breguet, consultées par Christie's, confirment que la montre fut vendue à Hassan II le 23 décembre 1985 pour 500 000 francs français (une somme énorme à l’époque).
La montre possède une autre particularité remarquable : son bracelet en or blanc est signé… Audemars Piguet. D’après les recherches de Christie's dans les archives Breguet, il s’agissait d’un bracelet choisi par les frères Chaumet, qui étaient alors propriétaires de Breguet, mais également distributeurs d’Audemars Piguet et fournisseurs du roi du Maroc pour la joaillerie.
Cette pièce résume à elle seule tout un écosystème de la haute horlogerie des années 1980 : Breguet pour la montre et la complication, Chaumet pour la relation avec le client, Audemars Piguet pour le bracelet et, autour de cet ensemble, des artisans spécialisés parmi les plus réputés de l’époque.
Une double signature qui raconte une histoire
Ces montres ne doivent donc pas être considérées comme de simples curiosités de collection. Leur intérêt est historique.
Le nom Chaumet inscrit aux côtés de celui de Breguet rappelle qu’au cours des années 1970 et 1980, Breguet n’était pas plus la manufacture qu’elle fut un jour et n’était pas encore celle que l’on connaît aujourd’hui.
La marque traversait une phase de reconstruction, sous l’impulsion de Chaumet et de François Bodet, avec une production volontairement limitée et une orientation de plus en plus affirmée vers les complications (encore une fois, à une époque où la plupart des horlogers suisses doutaient de l’intérêt des montres mécaniques…).
En 1987, cette histoire prend fin. Confronté à de graves difficultés financières, le groupe Chaumet cède Breguet à Investcorp. Le Monde, qui relate à l’époque la décision du tribunal de commerce de Paris, distingue clairement les deux opérations : Investcorp reprend Chaumet et ses activités joaillières, mais acquiert également les sociétés Breguet France et Montres Breguet Suisse, pour une somme annoncée de 60 millions de francs, susceptible d’être ramenée à 50 millions après audit.
La période Chaumet s’achève ainsi, mais elle ne constitue pas un simple épisode de transition. Sous Investcorp, Breguet va poursuivre sa reconstruction et acquérir notamment Nouvelle Lémania en 1991, donnant progressivement naissance à une organisation industrielle capable de produire les mouvements de la marque.
Enfin, en 1999, Breguet passe dans le giron du Swatch Group de Nicolas Hayek. C’est donc Investcorp, et non Chaumet, qui revend Breguet à Hayek.
Les quelques montres portant encore les deux noms constituent aujourd’hui les traces les plus visibles de cette parenthèse. Elles racontent une période durant laquelle une maison de joaillerie parisienne détenait l’une des plus prestigieuses signatures de l’histoire horlogère et tentait, avec des moyens alors limités, de lui redonner une place au sommet.
Le nom Chaumet inscrit aux côtés de celui de Breguet rappelle qu’au cours des années 1970 et 1980, Breguet n’était pas plus la manufacture qu’elle fut un jour et n’était pas encore celle que l’on connaît aujourd’hui.
La marque traversait une phase de reconstruction, sous l’impulsion de Chaumet et de François Bodet, avec une production volontairement limitée et une orientation de plus en plus affirmée vers les complications (encore une fois, à une époque où la plupart des horlogers suisses doutaient de l’intérêt des montres mécaniques…).
En 1987, cette histoire prend fin. Confronté à de graves difficultés financières, le groupe Chaumet cède Breguet à Investcorp. Le Monde, qui relate à l’époque la décision du tribunal de commerce de Paris, distingue clairement les deux opérations : Investcorp reprend Chaumet et ses activités joaillières, mais acquiert également les sociétés Breguet France et Montres Breguet Suisse, pour une somme annoncée de 60 millions de francs, susceptible d’être ramenée à 50 millions après audit.
La période Chaumet s’achève ainsi, mais elle ne constitue pas un simple épisode de transition. Sous Investcorp, Breguet va poursuivre sa reconstruction et acquérir notamment Nouvelle Lémania en 1991, donnant progressivement naissance à une organisation industrielle capable de produire les mouvements de la marque.
Enfin, en 1999, Breguet passe dans le giron du Swatch Group de Nicolas Hayek. C’est donc Investcorp, et non Chaumet, qui revend Breguet à Hayek.
Les quelques montres portant encore les deux noms constituent aujourd’hui les traces les plus visibles de cette parenthèse. Elles racontent une période durant laquelle une maison de joaillerie parisienne détenait l’une des plus prestigieuses signatures de l’histoire horlogère et tentait, avec des moyens alors limités, de lui redonner une place au sommet.
Grandes dates à retenir de l’histoire Chaumet-Breguet
1970 - Chaumet rachète Breguet.
1975 - François Bodet prend une place centrale dans le développement de Breguet.
1976 - Ouverture d’un atelier dans la Vallée de Joux.
1982 - Une très rare Breguet-Chaumet à calendrier hégirien est produite ; deux exemplaires sont aujourd’hui connus.
1985 - Création de la pièce unique destinée au roi Hassan II.
1987 - Breguet est repris par Investcorp.
1991 - Investcorp acquiert Nouvelle Lémania.
1999 - Nicolas Hayek, via Swatch Group, rachète Breguet à Investcorp. Ce fut d'ailleurs sa marque préférée au sein du groupe.
1975 - François Bodet prend une place centrale dans le développement de Breguet.
1976 - Ouverture d’un atelier dans la Vallée de Joux.
1982 - Une très rare Breguet-Chaumet à calendrier hégirien est produite ; deux exemplaires sont aujourd’hui connus.
1985 - Création de la pièce unique destinée au roi Hassan II.
1987 - Breguet est repris par Investcorp.
1991 - Investcorp acquiert Nouvelle Lémania.
1999 - Nicolas Hayek, via Swatch Group, rachète Breguet à Investcorp. Ce fut d'ailleurs sa marque préférée au sein du groupe.











