Depuis plus de vingt ans, Chanel construit discrètement un véritable écosystème horloger autour de marques indépendantes et de manufactures d’exception.
Loin d’acquérir ou de consolider un groupe comme le font d’autres maisons de luxe, Chanel adopte une stratégie unique : investir minoritairement dans des acteurs à très forte valeur horlogère, afin de soutenir leur indépendance tout en renforçant ses propres capacités créatives et industrielles.
Une approche intéressante et radicalement différente de LVMH par exemple, qui est pensée sur le long terme et qui au fil du temps a façonné un réseau de partenaires qui relèvent tous de la haute horlogerie contemporaine.
Et point important, là encore différenciant par rapport à d’autres grands groupes : la philosophie de Chanel reste la même à chaque prise de participation : une participation minoritaire, un soutien industriel et une indépendance créative préservée. Trois fondamentaux que l’on a pu observé au cours de ces deux dernières décennies.
Sans compter tous les usines de composants dans lesquelles le groupe peut aussi avoir investi mais que nous ne traiterons pas de cet article qui se cantonnera aux marques (plus ou moins) connues du grand public.
Bell & Ross : le premier investissement stratégique (1998)
L’histoire débute en 1998 lorsque Chanel prend une participation dans Bell & Ross, jeune marque fondée par Bruno Belamich et Carlos Rosillo. Grâce au talent de ses deux fondateurs et au soutien de Chanel, Bell & Ross bénéficiera d’un appui industriel en Suisse, notamment pour la production de certaines pièces.
Romain Gauthier : la haute horlogerie artisanale (2011)
Il faudra attendre treize ans avant que Chanel réinvestisse dans l’horlogerie avec, en 2011, une prise de participation dans la maison Romain Gauthier, horloger réputé pour ses mouvements d’exception fabriqués à la main dans le Vallée de Joux.
Un tournant pour le groupe puisque cet investissement marque l’entrée de Chanel dans le cercle très fermé des maisons capables de maîtriser des composants de haute précision. Certains mouvements développés par Gauthier ont été utilisés dans des pièces Chanel très haut de gamme, notamment dans la collection Monsieur de Chanel.
F.P.Journe : un partenariat avec une légende vivante de l’horlogerie (2018)
En 2018, Chanel acquiert des parts chez F.P.Journe, selon nos informations dans les 20%. Cette maison est l’une des manufactures indépendantes les plus admirées au monde avec les créations de François-Paul Journe qui ne cesse de battre des records dans les ventes aux enchères.
Cette alliance, considérée comme l’un des événements majeurs de l’horlogerie contemporaine, permet : de soutenir une marque culte aux volumes très limités (dans les 1000 montres par an), de sécuriser des savoir-faire rares comme ceux du Cadranier de Genève ou du Boîtier de Genève, de renforcer le lien entre création horlogère et excellence artisanale. Sans compter l’arrivée l’an prochain d’un musée F.P.Journe.
Une splendide réussite tant humaine qu’entrepreneuriale ; d’ailleurs l’homme et sa marque ont, en un peu plus de trois décennies, cumulé pratiquement toutes les récompenses et tous les honneurs possibles. François-Paul Journe conserve également le contrôle et l’indépendance totale de ses créations.
Kenissi : la manufacture industrielle (2018–2019)
À partir de 2018, Chanel prend également une participation dans Kenissi, une manufacture de mouvements mécaniques établie en Suisse. Kenissi est devenue en quelques années une référence dans l’horlogerie contemporaine : mouvements robustes, certification COSC, architecture moderne et des partenariats avec Tudor et Norqain.
La nouvelle Chanel J12, par exemple, utilise principalement des calibres Kenissi. Cet investissement est stratégique, car il donne à Chanel une autonomie industrielle et une maîtrise technique accrues.
MB&F : l’horlogerie comme art mécanique (2024)
En 2024, Chanel crée la surprise en entrant au capital de MB&F (Maximilian Büsser & Friends) à hauteur de 25%. Là encore, dans un registre totalement différent de F.P.Journe, MB&F est l’une des marques les plus créatives de l’horlogerie indépendante, connue pour ses « Horological Machines », véritables sculptures mécaniques futuristes.
La logique reste la même : soutenir une créativité extrême, préserver l’indépendance artistique de Maximilian Büsser (on sait combien cela est important pour le fondateur de la marque en enrichir le réseau horloger interne de Chanel.
Kross Studio : une autre pépite de l’horlogerie (2025)
En 2025, Chanel investit dans Kross Manufacture, structure industrielle liée à Kross Studio, jeune maison suisse réputée pour ses créations inspirées de la pop culture (Star Wars, Batman, Harry Potter…). Mais pas uniquement…
Cet investissement montre que Chanel s’intéresse non seulement à la haute horlogerie classique, mais aussi aux nouvelles formes d’expression horlogère, plus conceptuelles et plus narratives.
De fait, Kross permet à Chanel de s’associer à une vision ultra-moderne de l’horlogerie (encore plus disruptive que MB&F), de renforcer ses capacités industrielles et ses savoir-faire horlogers tout en s’ouvrant à une nouvelle génération de collectionneurs.
Une stratégie cohérente : bâtir un écosystème, pas un empire
Contrairement aux groupes de luxe traditionnels (qu’ils soient purement horlogers ou pluridisciplinaires), Chanel ne cherche pas à absorber ses partenaires.
Sa stratégie repose sur trois piliers : préserver l’indépendance des marques ; renforcer les savoir-faire internes et soutenir la création horlogère moderne en pensant à l’avenir.
Au cours de ces vingt-cinq dernières années, Chanel a investi avec discernement dans des maisons horlogères différentes mais complémentaires avec discernement et patience.
Ces différentes prises de participation font aujourd’hui de Chanel, un acteur majeur (mais relativement discret) de l’horlogerie contemporaine.
Jean-Philippe Tarot
Loin d’acquérir ou de consolider un groupe comme le font d’autres maisons de luxe, Chanel adopte une stratégie unique : investir minoritairement dans des acteurs à très forte valeur horlogère, afin de soutenir leur indépendance tout en renforçant ses propres capacités créatives et industrielles.
Une approche intéressante et radicalement différente de LVMH par exemple, qui est pensée sur le long terme et qui au fil du temps a façonné un réseau de partenaires qui relèvent tous de la haute horlogerie contemporaine.
Et point important, là encore différenciant par rapport à d’autres grands groupes : la philosophie de Chanel reste la même à chaque prise de participation : une participation minoritaire, un soutien industriel et une indépendance créative préservée. Trois fondamentaux que l’on a pu observé au cours de ces deux dernières décennies.
Sans compter tous les usines de composants dans lesquelles le groupe peut aussi avoir investi mais que nous ne traiterons pas de cet article qui se cantonnera aux marques (plus ou moins) connues du grand public.
Bell & Ross : le premier investissement stratégique (1998)
L’histoire débute en 1998 lorsque Chanel prend une participation dans Bell & Ross, jeune marque fondée par Bruno Belamich et Carlos Rosillo. Grâce au talent de ses deux fondateurs et au soutien de Chanel, Bell & Ross bénéficiera d’un appui industriel en Suisse, notamment pour la production de certaines pièces.
Romain Gauthier : la haute horlogerie artisanale (2011)
Il faudra attendre treize ans avant que Chanel réinvestisse dans l’horlogerie avec, en 2011, une prise de participation dans la maison Romain Gauthier, horloger réputé pour ses mouvements d’exception fabriqués à la main dans le Vallée de Joux.
Un tournant pour le groupe puisque cet investissement marque l’entrée de Chanel dans le cercle très fermé des maisons capables de maîtriser des composants de haute précision. Certains mouvements développés par Gauthier ont été utilisés dans des pièces Chanel très haut de gamme, notamment dans la collection Monsieur de Chanel.
F.P.Journe : un partenariat avec une légende vivante de l’horlogerie (2018)
En 2018, Chanel acquiert des parts chez F.P.Journe, selon nos informations dans les 20%. Cette maison est l’une des manufactures indépendantes les plus admirées au monde avec les créations de François-Paul Journe qui ne cesse de battre des records dans les ventes aux enchères.
Cette alliance, considérée comme l’un des événements majeurs de l’horlogerie contemporaine, permet : de soutenir une marque culte aux volumes très limités (dans les 1000 montres par an), de sécuriser des savoir-faire rares comme ceux du Cadranier de Genève ou du Boîtier de Genève, de renforcer le lien entre création horlogère et excellence artisanale. Sans compter l’arrivée l’an prochain d’un musée F.P.Journe.
Une splendide réussite tant humaine qu’entrepreneuriale ; d’ailleurs l’homme et sa marque ont, en un peu plus de trois décennies, cumulé pratiquement toutes les récompenses et tous les honneurs possibles. François-Paul Journe conserve également le contrôle et l’indépendance totale de ses créations.
Kenissi : la manufacture industrielle (2018–2019)
À partir de 2018, Chanel prend également une participation dans Kenissi, une manufacture de mouvements mécaniques établie en Suisse. Kenissi est devenue en quelques années une référence dans l’horlogerie contemporaine : mouvements robustes, certification COSC, architecture moderne et des partenariats avec Tudor et Norqain.
La nouvelle Chanel J12, par exemple, utilise principalement des calibres Kenissi. Cet investissement est stratégique, car il donne à Chanel une autonomie industrielle et une maîtrise technique accrues.
MB&F : l’horlogerie comme art mécanique (2024)
En 2024, Chanel crée la surprise en entrant au capital de MB&F (Maximilian Büsser & Friends) à hauteur de 25%. Là encore, dans un registre totalement différent de F.P.Journe, MB&F est l’une des marques les plus créatives de l’horlogerie indépendante, connue pour ses « Horological Machines », véritables sculptures mécaniques futuristes.
La logique reste la même : soutenir une créativité extrême, préserver l’indépendance artistique de Maximilian Büsser (on sait combien cela est important pour le fondateur de la marque en enrichir le réseau horloger interne de Chanel.
Kross Studio : une autre pépite de l’horlogerie (2025)
En 2025, Chanel investit dans Kross Manufacture, structure industrielle liée à Kross Studio, jeune maison suisse réputée pour ses créations inspirées de la pop culture (Star Wars, Batman, Harry Potter…). Mais pas uniquement…
Cet investissement montre que Chanel s’intéresse non seulement à la haute horlogerie classique, mais aussi aux nouvelles formes d’expression horlogère, plus conceptuelles et plus narratives.
De fait, Kross permet à Chanel de s’associer à une vision ultra-moderne de l’horlogerie (encore plus disruptive que MB&F), de renforcer ses capacités industrielles et ses savoir-faire horlogers tout en s’ouvrant à une nouvelle génération de collectionneurs.
Une stratégie cohérente : bâtir un écosystème, pas un empire
Contrairement aux groupes de luxe traditionnels (qu’ils soient purement horlogers ou pluridisciplinaires), Chanel ne cherche pas à absorber ses partenaires.
Sa stratégie repose sur trois piliers : préserver l’indépendance des marques ; renforcer les savoir-faire internes et soutenir la création horlogère moderne en pensant à l’avenir.
Au cours de ces vingt-cinq dernières années, Chanel a investi avec discernement dans des maisons horlogères différentes mais complémentaires avec discernement et patience.
Ces différentes prises de participation font aujourd’hui de Chanel, un acteur majeur (mais relativement discret) de l’horlogerie contemporaine.
Jean-Philippe Tarot






