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Maison Gabriel : le vestiaire d'Alberto Giacometti comme source d'inspiration


Par | Publié le 09/10/2026 à 02:00 | mis à jour le 07/10/2026 à 05:11

Après André Malraux, la maison parisienne s’intéresse à une autre silhouette devenue indissociable de son époque : celle d’Alberto Giacometti.


La silhouette de Giacometti comme inspiration

Il existe des personnalités dont l’image ne se résume pas à leurs œuvres ou à leurs écrits. Leur silhouette, leur manière de s’habiller, certains détails de leur apparence finissent eux aussi par appartenir à notre mémoire collective. André Malraux en était un exemple.
 
Alberto Giacometti en est un autre.
 
C’est précisément cette dimension que Maison Gabriel explore avec sa nouvelle collection Giacometti, baptisée « Giacometti, le dernier modèle ».
 
La maison ne cherche pas ici à reconstituer littéralement la garde-robe du sculpteur suisse, mais à retrouver certains éléments caractéristiques de son allure et à les traduire dans un vestiaire masculin contemporain. Un opération réussie.

​Une silhouette immédiatement reconnaissable

Né en 1901 à Borgonovo, en Suisse, Alberto Giacometti s’installe à Paris en 1922. Après avoir fréquenté différents ateliers, il prend en 1926 un petit espace au 46 rue Hippolyte-Maindron, dans le quartier d’Alésia.
 
Cet atelier, qui ne mesure à l’origine qu'environ 23 m², devient progressivement le centre de son existence parisienne.
 
Giacometti y travaille pendant plusieurs décennies, aux côtés notamment de son frère Diego, et ce lieu finit par devenir aussi célèbre que certaines de ses sculptures.
 
Après la Seconde Guerre mondiale, l’artiste étant désormais reconnu internationalement, les photographes se succèdent dans son atelier.
 
La Fondation Giacometti conserve aujourd’hui plus de 4.500 photographies liées à l’artiste, avec notamment des images de Brassaï, Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, Man Ray, Arnold Newman ou Gordon Parks.
 
Cette abondante documentation a également fixé l’image d’un homme à l’allure sobre, souvent vêtu d’un costume sombre (souvent gris), d’une chemise épaisse, d’un pull à col V et parfois d’un foulard noué autour du cou.
 
C’est cette silhouette, davantage que l’idée d’une mode « Giacometti », que Maison Gabriel a choisi de travailler.

​Quatre pièces pour retrouver une allure

La collection s’articule autour de quatre pièces principales.
 
Le costume Alberto constitue naturellement la pièce centrale. Il est réalisé dans un Shetland gris anthracite de 370 grammes signé Abraham Moon. Sa veste droite et déstructurée, ses poches plaquées, son pantalon à coupe droite et surtout la texture irrégulière et légèrement rustique de l’étoffe donnent à l'ensemble une sobriété qui correspond parfaitement bien à l'image retenue de Giacometti.
 
Le pull Diego, réalisé en collaboration avec Le Minor (une marque que Cyril Arvengas apprécie particulièrement), reprend un autre élément régulièrement visible sur les photographies de l’artiste : le pull à col V profond porté sur une chemise, parfois avec une cravate. Ce dernier est réalisé en laine mérinos marron.
 
La chemise Giovanni adopte quant à elle, une coupe droite et une popeline de coton blanche à fines rayures bleu ciel et bleu marine, signée Thomas Mason. Elle possède un col français, des poignets mixtes et bien sûr, des boutons en nacre.
 
Enfin, le foulard Annetta est sans doute la pièce la plus directement liée à l'image personnelle de Giacometti. Réalisé en soie marron à pois blancs, il reprend un type de foulard que l'artiste avait coutume de porter autour du cou. Son nom fait référence à Annetta Stampa, la mère de Giacometti.
 
L'ensemble dessine une silhouette assez éloignée des démonstrations de mode : costume gris, chemise rayée, maille marron et foulard. Une élégance discrète dont l'intérêt tient précisément à la personnalité de celui qui l'a portée.

​Après Malraux, Giacometti

Cette collection s'inscrit surtout dans une démarche déjà explorée par Maison Gabriel et Cyril Arvengas : associée la culture à l’univers du vêtement masculin. Une démarche rare dans ce milieu de la superficialité…
 
La maison avait précédemment consacré une collection à André Malraux, une autre personnalité dont l'apparence est immédiatement identifiable. Écrivain, aventurier, résistant et ministre de la Culture, Malraux possédait une silhouette très personnelle, faite notamment de costumes, d'imperméables, de chemises, de cravates et de « grosses lunettes ».
 
Pour cette première collection, Maison Gabriel avait travaillé avec Alain Malraux, neveu de l'écrivain, et Alexandre Duval-Stalla, son biographe, autour de la garde-robe de Malraux. Le projet présentait notamment des interprétations contemporaines de plusieurs de ses pièces caractéristiques.
 
Le rapprochement avec Giacometti est donc assez naturel. Dans les deux cas, Maison Gabriel part d'une personnalité dont les vêtements sont abondamment documentés et dont la silhouette est devenue une composante de l'image.
 
Mais les deux univers restent évidemment très différents. Chez Malraux, le vêtement participe à l'image d'un écrivain, d'un homme politique et d'un personnage public au tempérament spectaculaire. Chez Giacometti, il accompagne plutôt la figure de l'artiste dans son atelier, au travail, dans les rues de Paris (l’homme « appartenait résulument à la rive gauche ») ou dans son environnement proche.

​Le vêtement comme mémoire

C'est finalement ce qui rend la démarche intéressante. Il ne s'agit pas simplement de créer une collection portant le nom d'un artiste célèbre. Les pièces sont ici utilisées comme une manière de raconter une personnalité à travers quelques détails vestimentaires.
 
Le costume gris, le pull à col V, la chemise rayée ou le foulard à pois ne constituent pas, à eux seuls, le « style Giacometti ». Ils participent plutôt à cette image que les photographies ont progressivement construite et que la mémoire collective a conservée.
 
Le travail de Maison Gabriel se situe ainsi entre mode masculine, mémoire et histoire culturelle. Une façon de rappeler qu'un vestiaire peut parfois devenir, lui aussi, une forme de portrait.

Collection Giacometti — Maison Gabriel Paris
Costume Alberto — Shetland gris anthracite, Abraham Moon — 2 200 €
Pull Diego — laine mérinos marron, Le Minor x Gabriel — 380 €
Chemise Giovanni — popeline de coton rayée, Thomas Mason — 360 €
Foulard Annetta — soie marron à pois blancs — 230 €

​Le 46 rue Hippolyte-Maindron

Le petit atelier parisien d'Alberto Giacometti constitue l'un des lieux les plus documentés de sa vie.
 
L'artiste signe le bail du 46 rue Hippolyte-Maindron le 1er décembre 1926. Il agrandira progressivement ses espaces de travail, notamment pour son frère Diego et pour son épouse Annette. En 1958, quatre ateliers sont ainsi occupés par le couple Giacometti.
 
Le lieu restera associé à l'artiste jusqu'à sa mort en 1966 et sera photographié par certains des grands noms de la photographie du XXe siècle. La Fondation Giacometti conserve aujourd'hui une importante documentation photographique consacrée à cet atelier et à la vie de l'artiste.




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