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Les montres d’occasion : mieux comprendre un marché en pleine expansion


Alors que le marché de la montre haut de gamme –principalement suisse- connaît une santé plutôt florissante depuis quelques années, on assiste, parallèlement, à une forte croissance des ventes du côté de la montre d’occasion. Mais entre les modèles modernes, les modèles vintage, les marques, les mouvements, les ventes aux enchères ou les boutiques spécialisées, le néophyte ne s’y retrouve pas toujours. Essayons donc de clarifier un peu les choses avec l’aide d’Antoine Rauis, propriétaire du magasin « Le Collection'Heure » à Bruxelles.



Il semblerait que le marché de la montre d’occasion se divise en deux parties bien distinctes. Avec d’une part, le marché de la montre d’occasion « dite » moderne, et d’autre part, le marché de la montre d’occasion vintage. Quelle est votre

Antoine Rauis
Antoine Rauis : On constate depuis quelques années une floraison de publications en tous genres et sur tous vecteurs s’intéressant au phénomène de la montre et tendant ainsi à (i) éduquer le grand public et (ii) à rendre transparent un secteur qui était jusqu’alors assez obscur et réservé à un public restreint d’amateurs avertis.

Ces sources d’information font naître chez les lecteurs un intérêt croissant pour les montres et une envie de collectionner en découle souvent. Les lecteurs comprennent vite que le marché de l’occasion représente une opportunité d’acquérir plusieurs pièces sans se ruiner, voire même en investissant efficacement son argent en bon père de famille, d’en gagner, ce qui est l’exacte opposé de la dépense à fond perdu que peut constituer l’achat d’une montre neuve onéreuse qui perd une grosse partie de sa valeur à la sortie du magasin.

D’autre part, nous vivons à une époque de crise des valeurs, du « tout jetable » et les gens s’intéressent réellement, d’une part, au vintage « moderne », c’est-à-dire aux objets postérieurs aux années 1960 et, d’autre part, au objet d’artisanat présentant une qualité inaltérable (ce qui n’est par exemple plus le cas dans le domaine automobile).

La demande augmente et a tendance à changer de nature. En effet, il faut à présent clairement distinguer le marché de la montre de collection du marché des occasions récentes (les montres « modernes »).

Comment expliquer l’intérêt du public pour les montres « de collection » ?

AR : L’intérêt du public pour les montres « de collection » croît sans cesse pour plusieurs raisons. Leur rareté et l’exclusivité tout d’abord. Le fait qu’une ancienne montre fonctionne aussi bien (voire parfois mieux !) qu’une montre moderne. Enfin, les pièces de choix représentent une véritable « valeur refuge » permettant aux investisseurs de joindre l’utile à l’agréable.

En effet, l’économie regorge d’argent disponible et les placements classiques (bourse, immobilier, matières premières) sont quelques peu saturés. Les montres représentent une véritable alternative à ces placements, tout en étant une voie moins spéculative, par exemple, que l’art.

Et pour les montres « modernes » d’occasion ?

AR : Le marché des montres « modernes » est bien plus aisé à cerner. L’équation est simple : seule la différence de prix est décisive. En effet, une fois que le public a compris :
- qu’en achetant une montre neuve à un revendeur prenant une grosse marge (là où un marchand d’occasion va prendre une marge de 15-20%) il finance ce faisant des campagnes marketing énormes ;
- qu’une montre d’occasion fonctionne aussi bien qu’une neuve (à l’inverse d’une voiture d’occasion qui est intrinsèquement moins bonne) ;
- que son marchand d’occasion est libre et non sous le joug d’une marque et que par conséquence ses conseils sont non-orientés ;
- qu’il pourra ré-échanger chez son marchand sa montre une fois qu’il voudra changer et ce, sans « perdre sa culotte » ;
Au final, le client ne veut plus entendre parler de montres neuves et se cantonne au second marché de l’occasion.

En outre, la société est en train d’évoluer rapidement : il y a quelques années seulement, la plupart des gens avaient une montre, reçue lors d’une grande occasion (communion, mariage, retraite,...). Aujourd’hui, les particuliers sont plus ouverts à l’idée avoir plusieurs montres à porter au gré des occasions et a acquérir ces montres en seconde main après s’être informé sur le modèle qui leur convenait le mieux et après avoir trouvé le meilleur prix.

L’Italie vit cette situation depuis une vingtaine d’années au moins, ce qui en a fait le marché numéro un de la montre de collection en Europe. Les pays avoisinants suivent et ceci va rendre le marché de la montre d’occasion beaucoup plus liquide (c’est-à-dire que même avec un nombre de montres fixe, les particuliers échangeraient celles-ci plus souvent).

Une bonne illustration de cette tendance est la demande de plus en plus forte pour des modèles originaux (métaux rares, caoutchouc, formes de boîtier nouvelles) ; les gens sont disposés à acheter des montres chères qu’ils ne mettent pourtant qu’en de rares occasions (vacances ou sport par exemple).

De même, la demande pour écrins de montres de collection grandit fortement en parallèle, preuve que les amateurs veulent rassembler leurs acquisitions en une véritable collection.

Certaines montres anciennes atteignent désormais des sommets en matière de prix ? Mais cette envolée est-elle pérenne ? Est-ce qu’investir dans une montre de collection peut devenir un jeu dangereux ?

AR : Il est clair que le marché de la collection est par essence plus spéculatif mais encore une fois, il s’agit d’un marché sain, où les données sont vérifiables, les pièces traçables et le nombre de pièces fabriquées connu. Il est donc peu probable que ce marché s’écroule. En effet, la demande est croissante et l’offre est par définition arrêtée.

Il faut en effet constater que la valeur des meilleurs collectors a augmenté de 200% à 300% en l’espace de cinq ans. En clair, ceci signifie que le collectionneur qui avait déboursé 100.000 euros en 2000 pour une Patek Philippe 2499 peut en espérer aujourd’hui environ 300.000 euros. De même une Rolex Paul Newman s’échangeait en 2000 pour 15.000 euros et vaut aujourd’hui 45.000 euros.

Les fonds d’investissements ne sont pas restés longtemps insensibles à ces données et ont commencé à diversifier leur patrimoine en achetant des montres. Certaines pièces ont réalisé des chiffres record, citons une Patek World Time en platine de 1939 vendue à 4.026.524 de dollars en 2005.

Il est symptomatique de relever qu’en marge de ces prix records, le nombre d’échanges (nombre de pièces vendues) a considérablement augmenté depuis que des fonds investissent dans les montres comme ils le font d’habitude en immobilier ou en bourse.

La meilleure preuve de ce phénomène est le chiffre d’affaire croissant d’Antiquorum qui vend chaque année pour plus de 100.000.000 de dollars en dix ventes par an.

En conclusion, je dirais qu’investir dans une montre ancienne peut être considéré comme un investissement « non agressif » compte tenu des données intrinsèques du marché.

Quelles sont les principales marques concernées ? Et quels sont les modèles les plus recherchés ?

AR : Patek et Rolex mènent clairement la danse. En ce qui concerne Patek, les belles complications (heure universelle, QP-chrono, répétition minute, tourbillon) tiennent le haut du pavé, les plus rares (parfois même des pièces uniques) ayant établi des records mondiaux.

Rolex est quant à elle extrêmement sollicitée pour ses anciens modèles sport : Daytona « Paul Newman », Chronographe « Killy », Explorer « Steve Mc Queen », Submariner « James bond » etc.

Quelles pièces conseilleriez-vous à l’achat ? De 3.000 à 10/15.000 euros ?

AR : Pour les montres classiques “bon marché” (2000 euros-5000 euros), je conseillerais l’achat de montres techniquement intéressantes comme les Universal Genève à complications (Tri-Compax, Moonsphases) ou Omega si possible en acier ou en or rose.

Dans la gamme des classiques « moyenne » (5000-25000 euros) je pense à des chronos Vacheron & Constantin, si possible « à pulsations » ou a des Rolex Prince qui ont encore un bon potentiel d’appréciation. Ensuite, il n’y a plus de limite et il est clair qu’une Patek à complications constitue un must absolu.

Pour les montres de sports « bon marché » (2000 euros-5000 euros), Heuer possède un patrimoine historique souvent sous-estimé, une triple date chrono est une montre fantastique ressemblant fort à une Patek 2499. Dans la gamme moyenne, certaines IWC anciennes (Portuguaises) ou encore quelques Breguet devraient encore monter.

Pour le haut de gamme, Rolex est leader incontesté. Mon conseil est d’éviter les modèles en acier surcotés et d’investir dans l’or qui va remonter à brève échéance, par exemple une GMT Master chocolat ou même une Daytona en or. Si vous tenez vraiment à l’acier, les Explorer I sont encore abordables alors qu’il s’agit d’un véritable monument dans l’histoire de la marque.

Quelles sont les précautions à prendre lors d’un tel achat ?

AR : Il faut être vraiment paranoïaque ! Les faussaires et bidouilleurs en tout genre sont d’une ingéniosité hallucinante compte tenu des montants en jeu. Essayez toujours d’avoir une estimation du réseau officiel. Quand c’est impossible, n’achetez qu’avec garantie totale d’authenticité.

Où peut-on se procurer de telles montres ?

AR : Il n’existe pas 36 solutions, soit les ventes aux enchères, avec tous les aléas que cela comporte (incertitude quant au prix, précipitation dans la prise de décision, problème de douanes car les ventes sont généralement hors Union Européenne, frais conséquents pour l’acheteur), soit chez des marchands vraiment spécialisés et reconnus comme tels.

Que faut-il savoir pour acheter et/ou vendre une montre d’occasion ?

AR : Généralement, un marchand d’occasion prend une marge de 15%. Il ne faut donc pas perdre plus lors de la revente. D’autre part, ma politique commerciale consiste à « limiter la casse » pour le client qui souhaite échanger de montre afin qu’il y ait un incentive à être atteint du virus !

En conclusion…

AR : De manière générale, les collectionneurs réfléchissent beaucoup en termes de cote/revente/investissement. S’il est clair que cette passion peut être onéreuse, il y a tout à fait moyen de se faire plaisir sans perdre d’argent, voire même en en gagnant compte tenu du marché très porteur. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que le but premier est d’assouvir ses fantasmes horlogers et que la décision finale doit être celle des « tripes » et non du calcul savant.

Le Collection'Heure

Avenue Louise 85B,
1050 Bruxelles
Belgique

Tél / Fax: +32-2-646-88-32
Mobile: +32-477-376-999

Email : info@montresoccasion.com
Site : www.montresoccasion.com

Ouverts du mardi au samedi de 10h30 à 18h30 (sans interruption) et le lundi de 13h30 à 18h30.

Montres-de-luxe.com | Publié le 21 Mars 2007 | Lu 44909 fois



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